Chine / Conquête spatiale
À qui appartient la Lune ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 76 de Philosophie magazine « Peut-on être honnête et réussir ? », en kiosque le 23 janvier 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le projet chinois d’explorer puis d’exploiter les ressources du sol lunaire soulève l’épineuse question de l’origine de la propriété. Est-elle toujours scandaleuse ?
Le 2 décembre dernier, les Chinois ont lancé leur troisième sonde vers la Lune, Chang’e 3. Cette sonde a aluni, et un petit robot en est sorti, qui va explorer trois mois durant le sol lunaire. L’envoi de cette sonde fait partie d’un ambitieux « programme chinois d’exploration lunaire », qui prévoit l’envoi de missions habitées d’ici une dizaine d’années.
S’il s’agit bien sûr d’un symbole fort de puissance nationale, quels sont les motifs réels de la Chine ? Interviewé par la BBC trois jours avant le lancement, le professeur Ouyang Ziyuan, qui dirige le programme, a levé en partie le voile : la Lune, a-t-il expliqué, est une « magnifique » source de minerais et d’énergie. Outre l’uranium et le titanium, le sol de la Lune contient en effet de l’hélium 3. Cet isotope non radioactif de l’hélium provient des couches externes du Soleil. Sur Terre, il n’est présent qu’en faibles quantités, estimées à 500 kilogrammes en tout. La sonde Chang’e 1 a déjà permis d’évaluer à 100 000 tonnes la masse d’hélium 3 présente sur la Lune. Or, une vingtaine de tonnes de cet isotope suffiraient, dans un réacteur nucléaire, à produire toute l’électricité consommée aux États-Unis et en Europe pendant un an… C’est pourquoi le professeur Ouyang Ziyuan n’a pas hésité à affirmer que la Lune pourrait permettre de « satisfaire les besoins en énergie de l’humanité pour au moins dix mille ans » !