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À quoi reconnaît-on une société libre ?
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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Analyse des termes du sujet
« À quoi »
Selon quels critères ?
« reconnaît-on »
Identifie-t-on ? Distingue-t-on ?
« une société »
Un regroupement d’individus partageant volontairement une même culture, des valeurs communes.
« libre »
Ici, autonome, maîtresse de son destin.
Défrichage
Premières intuitions
Le sentiment d’appartenir à un groupe qui autorise la libre expression et accepte la contestation semble a priori pouvoir qualifier une société libre. Celle-ci peut s’entendre plus positivement encore comme ce qui favorise l’épanouissement personnel, comme ce qui autorise à « jouir sans entraves », ainsi que le réclamait la jeunesse de Mai-68.
Mais l’émancipation totale de l’individu est-elle compatible avec l’idée même de société ? Une société permissive n’est-elle pas menacée par l’anarchie ? L’État serait alors nécessaire pour empêcher que la liberté soit ici synonyme de laxisme. Encore faut-il que la constitution de cet État soit démocratique pour que la société ne soit pas opprimée par la toute-puissance de ce qui permettrait de la réguler.
Que faut-il alors pour définir une société libre afin que, d’une part, elle ne génère pas un individu incontrôlable et que, d’autre part, elle ne réhabilite pas un État censeur ? Une telle société peut-elle vraiment exister ?
Exemples qui viennent à l’esprit
La Liberté guidant le peuple, tableau d’Eugène Delacroix inspiré par la révolution de 1830, est devenu un symbole de la République triomphante, capable de s’opposer au pouvoir oppressif en dressant des barricades contre les injustices et en hissant le drapeau de la liberté. Pour s’émanciper, une société doit savoir défendre les valeurs universelles auxquelles elle croit.
Les Discours de Suède (1958), prononcés par Albert Camus lors de la réception de son prix Nobel de littérature, mettent en évidence le rôle de l’artiste dans la société : à la fois « solitaire et solidaire », l’écrivain doit émouvoir son peuple sans le flatter, critiquer sans blesser. Au service de la liberté, « il peut retrouver le sentiment d’une communauté qui le justifiera » et contribuer ainsi à son émancipation.