Repérages / Juin 2020
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Cet article est issu du numéro 139 de Philosophie magazine « 139 - juin 2020 », en kiosque le 13 mai 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’image
L’aura des montagnes
Et soudain, par-delà les habitations et les collines, la majesté de l’Himalaya est révélée… Un spectacle longtemps refusé, et désormais offert. Ce cliché a été pris à Dharamsala, ville du nord-ouest de l’Inde. C’est dans cette zone que le phénomène s’est produit courant avril : il a été de nouveau possible de voir, dans un rayon de 200 kilomètres, les montagnes du massif. En l’occurrence, il s’agit des sommets de la chaîne du Dhauladhar, ce qui correspond à la partie « basse » de l’Himalaya – on y grimpe tout de même jusqu’à 6 000 mètres. En Inde, pays parmi les plus pollués au monde, le confinement a entraîné une amélioration sensible de la qualité de l’air. Résultat : voilées il y a peu, les montagnes ont comme été rendues à leur présence, à leur aura. Ce terme est central dans la pensée de Walter Benjamin (1892-1940), qui la définit comme « l’unique apparition d’un lointain, si proche qu’elle puisse être ». L’aura désigne ce qui fait la singularité, la valeur esthétique et symbolique d’une chose. Si, pour le philosophe, l’aura est le propre de l’œuvre d’art, essentiellement le tableau, elle peut aussi se manifester dans la nature : « Par un après-midi d’été, au repos, suivre la ligne des montagnes à l’horizon, ou d’une branche qui projette son ombre sur celui qui se repose – c’est respirer l’aura de ces montagnes, de cette branche » (L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique). C’est ce qui se passe ici : l’Himalaya si lointaine et qui apparaît pourtant si proche dans sa pureté native. Paradoxalement, le confinement aura peut-être permis un élargissement de l’horizon, avec cette expérience de l’aura retrouvée de la nature.