Société
Responsabiliser, effrayer, démythifier… Quelle est la bonne façon de lutter contre les dangers de l’alcool ?
Captures d’écran de différentes campagnes de sensibilisation aux risques liés à l’alcool, des années 90 à nos jours. © Santé Publique France © Comité français d’éducation pour la santé
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« Penser à manger avant de boire, c’est la base », préconise la dernière campagne de sensibilisation aux risques liés à l’alcool, destinée aux jeunes de 17 à 25 ans. Elle est aussi très critiquée car elle semble banaliser la consommation d’alcool. Aurait-il fallu faire peur avec des images choc ? Quelle est la meilleure stratégie pour informer sans infantiliser ?
Une suite de conseils pratiques très simples et pleins de bon sens que l’on donnerait à « un(e) pote ». C’est ainsi que se présente la campagne de sensibilisation menée par Santé publique France, spécialement adressée aux adolescents et jeunes adultes. L’ambition, ici, n’est pas de faire peur ou de dissuader toute prise d’alcool, mais simplement de rappeler quelques règles à suivre en contexte festif : « Ne pas insister si tes potes ne veulent pas consommer, motiver tes potes à moins consommer, garder un œil sur tes potes en soirée, raccompagner tes potes s’ils ont trop bu, appeler direct les secours si ton pote est en bad », etc. Tout cela, « c’est la base », précisent les affiches.
Technique numéro 1 : responsabiliser le groupe de “potes”
Cette campagne de sensibilisation s’appuie sur une réalité concrète, pragmatique, documentée par l’enquête qualitative Aramis qui s’est intéressée à la consommation des substances psychoactives chez les adolescents. Mené auprès de 133 jeunes venant de différentes régions de France, ce travail sociologique a permis de comprendre de manière très précise les habitudes de consommation de la jeunesse hexagonale, afin de s’adapter le plus possible à ses pratiques réelles.
L’enquête montre notamment la force et l’influence du groupe dans la régulation de la prise d’alcool, ce qui explique pourquoi les slogans de la campagne mettent à ce point l’accent sur « les potes ». Contrairement à l’idée qu’on peut s’en faire, l’étude montre que les soirées alcoolisées chez les adolescents sont moins chaotiques que très « codifiées », avec des « stratégies de régulation qui s’élaborent collectivement » et des jeunes qui « se répartissent différents rôles ». Martine par exemple, une interviewée de 21 ans, se définit comme une « maman vachement protectrice » qui « fait attention » à ses amis. Avec cette campagne, il s’agit de généraliser cette attitude de « care », c’est-à-dire de surveillance et d’attention, en proposant des conseils que chacun peut prodiguer (garçons comme filles, et pas seulement pour les « mamans du groupe »). C’est une manière de responsabiliser les adolescents et d’éviter de faire reposer la charge de surveillance et de prévention uniquement sur les adultes, dont le discours peut sonner creux et moralisateur, voire inciter à la consommation par esprit de rébellion.