Entretien

Romain Huret : “En France, ethniciser le conflit social est une trahison”

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Le 30 juin 2023, la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, a déclenché des émeutes dans plusieurs villes de France ainsi qu’à Marseille

Le 30 juin 2023, la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, a déclenché des émeutes dans plusieurs villes de France ainsi qu’à Marseille. © Sener Yilmaz Aslan/SIPA

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Pour la droite de la droite, les « émeutes raciales » des derniers jours racontent l’échec d’une intégration. Pourtant, selon l’historien Romain Huret, cette expression venue des États-Unis raconte une histoire dans laquelle la France a du mal à se retrouver.


 

La France vient-elle de faire face à des “émeutes raciales” ?

Romain Huret : L’expression est très connotée aux États-Unis et renvoie aux heures les plus sombres du pays. À l’origine, elle ne désigne pas les émeutes des Afro-Américains contre la police mais les lynchages orchestrés par la population blanche contre les Noirs dès le XIXe siècle, en particulier dans le Sud. Par la suite, ces émeutes ont été déclenchées par les minorités ethniques contre la police et se sont plus largement associées à une demande de réparation des torts historiques des Blancs à l’égards des Noirs, notamment l’esclavage et la ségrégation. Si l’on considère que les émeutes raciales désignent, plus globalement, le fait que ces tensions reposent d’abord sur des rapports de domination ethnique, la comparaison avec la France n’est pas absurde. Pour certains émeutiers, leur violence serait ainsi le miroir de la violence policière, celle de l’ordre dominant qui maltraite, humilie et tue les minorités.

 

Pour la droite dure, les violences sont plutôt le symptôme d’une minorité grandissante qui ne s’intègre pas.

Cette dimension de l’intégration ne se pose plus depuis longtemps aux États-Unis. Personne ne remet en cause l’intégration des Afro-Américains, même si on les compare parfois à d’autres minorités, notamment asiatiques, ayant mieux intégré les codes dominants. Mais personne ne dira que les Afro-Américains ne sont pas américains. Au cours des émeutes se reposent sans cesse les questions de l’injustice sociale, politique et culturelle, mais celles-ci se greffent toujours à l’appartenance identitaire, sexuelle ou raciale.

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Pourquoi la “question raciale” n’est pas envisagée en France comme aux USA