Air du temps

#SadGirl : faut-il (vraiment) esthétiser les maladies mentales ?

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#SadGirl : faut-il (vraiment) esthétiser les maladies mentales ?

© Danny G/Unsplash

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Des stries de mascara sur une peau d’un blanc porcelaine, des citations mélancoliques sur le désir de mort, et même des images d’automutilation accompagnées de musique triste : sur les réseaux sociaux, l’esthétique dépressive connaît un boom, porté par les hashtags #sadgirl et #depression. Le trouble psychique semble devenu « cool » et « deep » (profond), ce qui ne manque pas de susciter un certain trouble pour la personne qui découvre ces messages.


“La maladie comme métaphore”

Charger les pathologies de significations profondes n’est pas un phénomène nouveau. Revenant sur l’épidémie de sida des années 1980, l’écrivaine américaine Susan Sontag analysait le phénomène consistant à « interpréter la maladie comme une métaphore ». Comme le sida touchait principalement les hommes homosexuels, on chargeait la maladie d’une signification morale : elle devenait une punition pour un style de vie supposément « contre nature ». Ce genre de récit se retrouve au sujet de nombreuses épidémies à travers l’histoire. Pour certains ecclésiastiques, la peste médiévale passait – en l’absence d’autres explications – pour une punition divine châtiant les péchés humains. Mais cette métaphorisation n’avait pas toujours pour but de stigmatiser. Avec l’usage actuel des hashtags #sadgirl et #depression sur les réseaux sociaux, on peut considérer que la maladie mentale devient la métaphore d’une expérience plus profonde du monde, d’une entrée en résonance qui ne semble pas possible dans un quotidien trop corseté.

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