Élection présidentielle 2022
Sandrine Rousseau face à Fabien Roussel : comment la viande est devenue politique
Sandrine Rousseau © Sipa – Fabien Roussel © Nicolas Messyasz/Sipa
« Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, c’est la gastronomie française. » Depuis trois semaines, cette déclaration de Fabien Roussel, candidat communiste à l’élection présidentielle, fait polémique. Sandrine Rousseau, soutien du candidat écologiste Yannick Jadot, reproche à ces propos de ne pas être assez « inclusifs » et de véhiculer une image stéréotypée de la France, qui exclurait les personnes végétariennes et celles ne mangeant pas de « saucisse » (bien que Fabien Roussel n’ait pas employé ce terme). Plutôt qu’une « bonne viande », elle indique préférer « le couscous », l’un des plats préférés des Français – oubliant au passage que ce plat est rarement végétarien.
Ce que d’aucuns nomment le « couscousgate », qui peut paraître futile de prime abord, est révélateur d’un changement dans notre rapport à la nourriture et spécifiquement à la viande. Ce qui semblait aller de soi il y a encore dix ou quinze ans – partager un rôti de bœuf ou un gigot d’agneau en famille – ne l’est plus. Les raisons en sont multiples. La sensibilité croissante des humains face à la souffrance animale a rendu la viande un peu honteuse, presque taboue, notamment sur les réseaux sociaux. D’un point de vue écologique, on sait que l’élevage participe des émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 14 % et qu’il faut donc réduire notre consommation. Enfin, les plats d’antan à base de porc sont interdits aux juifs et aux musulmans : une partie de ce qui était « commun » ne l’est plus.
Comme de nombreux autres produits de la vie quotidienne, comme les vêtements, les transports ou les loisirs, la viande se charge d’une composante identitaire. « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es », disait le gastronome Brillat-Savarin en 1825. À l’heure où les crispations identitaires se font de plus en plus fortes, n’est-il pas naturel que la viande passe aussi à la casserole de la polémique ? L’article ci-dessous permet de comprendre comment nous en sommes arrivés là.