Saudade

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Cet article est issu du numéro 119 de Philosophie magazine « Le culte de la perfection. Jusqu’où s’améliorer ? », en kiosque le 26 avril 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : portugais

Ce terme est emblématique de l’âme portugaise. Issu de solitates (pluriel latin de « solitude ») et de saluus (« sauf », « sain »), il exprime d’abord la nostalgie propre aux habitants d’un pays orienté vers l’Atlantique, promis à la conquête de terres lointaines d’où souvent l’on ne revient pas. La saudade est alors l’expression d’une tristesse poignante que modulait magnifiquement la chanteuse cap-verdienne Cesária Évora, pleurant sa terre de São Nicolau. Mais la saudade désigne aussi un certain rapport à tout objet de pensée. Elle devient alors un concept original où la mélancolie de ce qui est révolu se double d’une nostalgie du futur : la saudade, c’est le regret de ce qu’on aurait pu être. Elle exprime à ce titre un bonheur ambigu : celui du désir d’une vie passée qui pourtant n’a pas eu lieu. « Ah, qui sait, qui sait, / Si je ne suis pas déjà parti jadis, bien avant moi », écrivait Fernando Pessoa dans Ode maritime, dont le premier vers nous dit que « tout quai est une saudade en pierre ». Ainsi la saudade n’est-elle pas seulement quelque chose qui s’éprouve, c’est aussi ce que l’on possède et qui nous possède. Pour preuve, lorsqu’on en parle, on emploie le verbe « avoir » (ter) : « J’ai la saudade » (tenho saudade), dit l’amoureux qui veut renouveler le présent par le passé pour jouir d’un paradis perdu.