Sélection pas si naturelle
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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Après la parution de “L’Origine des espèces”, Darwin a longtemps éviter d’aborder la question humaine… pour mieux y revenir Dans “De la filiation de l’homme”, non sans susciter quelques malentendus que dissipe pour nous Thierry Hoquet.
Lorsque L’Origine des Espèces parut à la fin de 1859, les premiers exemplaires s’arrachèrent, et les travaux de Darwin furent immédiatement renvoyés à la question des origines de l’espèce humaine comme à celle des origines de la vie. Le sous-titre du livre mentionnait des « races favorisées dans la lutte pour la vie ». Le public soupçonna alors qu’il s’agissait bien des races « humaines », quand bien même Darwin désignait là les « races » de légumes ou d’animaux domestiques. Très tôt, on a donc posé à Darwin la question des origines simiennes de l’humain et on a confronté sa pensée aux débats sur l’esclavage, que Darwin connaissait bien.
La question humaine est globalement absente de L’Origine, hormis une phrase aussi célèbre que prophétique selon laquelle « de la lumière sera jetée sur l’origine de l’homme et son histoire ». De la part de Darwin, il y a là comme un évitement tactique. Il s’intéresse pourtant bien à l’évolution culturelle des humains : L’Origine contient de nombreuses références à « l’homme non civilisé », aux « sauvages » ou encore aux « races sauvages de l’homme ». Mais l’auteur n’y traite pas des origines évolutives de l’espèce humaine, préférant garder ces réflexions dans ses notes privées et sa correspondance… ce qui n’empêche pas le débat public de se concentrer sur le sujet.
C’est dans ce contexte que Darwin publia ses propres idées sur l’humain, en 1871 dans The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, puis l’année suivante dans un texte consacré à l’expression des émotions (1872). Longtemps traduit par « descendance de l’homme », le titre est aujourd’hui rendu par « filiation de l’homme » du fait que « descent » en anglais renvoie aussi bien à l’ascendance qu’à une véritable « descendance » au sens de progéniture.