Darwin sans ambiguïtés
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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les théories de Darwin sur « La Filiation de l’homme » ont souvent été mal interprétées. Pourtant, quand le naturaliste est on ne peut plus clair : chez l’homme civilisé, la sélection naturelle est supplantée par l’effet des principes moraux.
« La Filiation de l’homme est de ces textes source, bien malgré leur auteur, de malentendus parfois terrifiants. Il ne servirait à rien d’apporter assistance et secours aux plus faibles, souffrants, malades mentaux ou handicapés, puisqu’ils sont voués à être éliminés par la logique naturelle de la compétition. Voilà comment on a lu, très tôt et très mal, la théorie de l’évolution adaptée aux sociétés humaine. Le chapitre V intitulé « Sur le développement des facultés intellectuelles et morales au cours des temps primitifs et civilisés » est peut-être le plus éclairant à cet égard. Sa lecture est l’occasion de vérifier toute absence d’ambiguïté de la part d’un auteur qui note que, chez l’homme civilisé, la sélection naturelle est supplantée par l’effet des principes moraux. Apparus du fait de la persistance des instincts sociaux, ces principes résultent d’un primitif sentiment de sympathie qui pousse à l’« action bienveillante » envers son prochain. « L’aide que nous nous sentons poussés à apporter à ceux qui sont privés de secours est pour l’essentiel une conséquence inhérente de l’instinct de sympathie, qui fut acquis originellement comme une partie des instincts sociaux », écrit Darwin. S’il note bien que la sympathie, le sens du sacrifice, la capacité de s’oublier un temps pour aider son semblable, semble a priori plus délétère pour l’individu que l’égoïsme, il remarque que, du point de vue de la « tribu », elle favorise une meilleure coopération, une meilleure coordination, bref, de meilleures chances de survie et de sélection positive. Et de conclure à une forme de spécificité de l’homme : en lui, la sélection naturelle n’est plus le seul moteur de l’évolution.