Lexique
Nature et civilisation
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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Darwin montre l’existence dans la nature d’une lutte pour la vie, qui aboutit à la victoire et à la sélection des espèces et organismes les mieux adaptés. Mais cette logique se renverse dans le contexte de la civilisation, où les conduites d’altruisme prennent le dessus afin d’assurer la protection des plus faibles.
Variation domestique / variation naturelle
Les êtres vivants varient. Cette constatation est commune à de nombreux naturalistes qui, de Buffon à Lamarck, ont observé la variation des animaux et des plantes sous l’influence des « circonstances » et l’action du milieu. Elle est particulièrement sensible dans les conditions de la domestication, qui fut toujours pour Darwin l’observatoire privilégié du changement morphologique, comportemental et instinctuel. D’une manière générale, les organismes domestiqués varient plus que les organismes vivant dans des conditions naturelles. Si Darwin ignore encore les causes profondes de la variation, il attribue cependant sa cause directe à une affection du système reproducteur. La variation semble survenir « au hasard », mais Darwin souligne que le « hasard » n’est qu’un réseau de chaînes causales trop complexe pour être actuellement démêlé et connu. La variation procède de l’organisme plus que de l’environnement, bien qu’elle puisse être activée par un changement de ce dernier (la domestication étant une forme accentuée de ce type de changement). La question de l’amplitude de la variation possible chez un organisme est évidemment cruciale dans le débat historique entre fixisme et transformisme. Darwin refusait naturellement d’assigner la moindre limite à la plasticité (ou variabilité) du vivant, d’autant que toute variation d’un organe s’accompagne de corrélats visibles ou invisibles dans d’autres organes (variation dite « corrélative »). La variation héréditaire – organique et instinctuelle – constitue ainsi le matériau de base sur lequel s’exerce la sélection, qu’elle soit artificielle (horticulture, élevage) ou naturelle.
Sélection artificielle
La sélection artificielle est la sélection pratiquée par les horticulteurs et les éleveurs afin d’améliorer pour leur propre avantage les organismes dont ils ordonnent la reproduction. Par exemple, quelques moutons naquirent dans un troupeau avec les pattes réduites et incurvées. Cette variation, qui eût été désavantageuse dans la nature, intéressa les éleveurs du Massachusetts car elle empêchait les animaux d’escalader les clôtures. Les éleveurs décidèrent alors de propager cette variation quasi monstrueuse afin de former une nouvelle race à jambes torses, en écartant de la reproduction les individus qui ne présentaient pas le caractère désiré. C’est ainsi qu’est née la race des moutons « ancon ». La sélection artificielle, que l’on dit aussi « raisonnée » ou « méthodique », perfectionne ainsi des organismes pour le seul avantage technique et économique – ou pour le simple agrément – de l’éleveur : vaches pour le lait et pour la viande, chevaux de course et de trait, chiens nains de compagnie, etc.