Hors-série "Stoïcisme"
Sénèque : "Dans chaque âme habite un dieu"
Cet article est issu du Hors-série n°n° 49 de Philosophie magazine « Stoïcisme - Construire sa citadelle intérieure », en kiosque le 06 mai 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Extrait. Sénèque invite à ne pas chercher dans le ciel le dieu qui loge en tout homme de bien. Et qui se manifeste dans certains lieux privilégiés de la nature.
« Tu fais une chose excellente et qui te sera salutaire si, comme tu l’écris, tu marches avec persévérance vers cette sagesse qu’il est absurde d’implorer par des vœux quand on peut l’obtenir de soi. Il n’est pas besoin d’élever les mains vers le ciel, ni de gagner le gardien d’un temple pour qu’il nous introduise jusqu’à l’oreille de la statue, comme si de la sorte elle pouvait mieux nous entendre ; il est près de toi le Dieu, il est avec toi, il est en toi. Oui, Lucilius, un esprit saint réside en nous, qui observe nos vices et veille sur nos vertus, qui agit envers nous comme nous envers lui. Point d’homme de bien qui ne l’ait avec soi. Qui donc, sans son appui, pourrait s’élever au-dessus de la Fortune ? C’est lui qui inspire les grandes et généreuses résolutions. Dans chaque âme vertueuse il habite. Quel dieu ? Nul ne le sait, mais il habite un dieu. S’il s’offre à tes regards un de ces bois sacrés peuplé d’arbres antiques qui dépassent les proportions ordinaires, où l’épaisseur des rameaux étagés les uns sur les autres te dérobe la vue du ciel, l’extrême hauteur des arbres, la solitude du lieu, et ce qu’a d’imposant cette ombre en plein jour si épaisse et si loin prolongée te font croire qu’un Dieu est là. Et cet antre qui, sur des rocs profondément minés, tient une montagne suspendue, cet antre qui n’est pas de main d’homme, mais que des causes naturelles ont creusé en voûte gigantesque ! ton âme toute saisie n’y pressent-elle pas quelque haut mystère religieux ? Nous vénérons la source des grands fleuves ; au point où tout à coup de dessous terre une rivière a fait éruption on dresse des autels ; toute veine d’eau thermale a son culte, et la sombre teinte de certains lacs ou leurs abîmes sans fond les ont rendus sacrés. »
Sénèque (4-65)
Philosophe, précepteur de Néron. Sa définition de la vertu est conforme à celle des fondateurs du stoïcisme : « Vivre selon la nature. » Son œuvre est variée : essais thématiques (De la colère, De la tranquillité de l’âme), pièces de théâtre (Phèdre, Médée) et abondante correspondance avec Lucilius. Autant de façons de décliner des principes qui s’élaborent toujours en prise avec les remous de la vie publique.