Hors-série "Platon"

Simone Weil et Platon : accéder à la spiritualité de la matière

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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Simone Weil entrevoit Dieu chez Platon, qu'elle proclame alpha et oméga de la philosophie, et « père de la mystique occidentale ». Empruntant au Banquet la notion de metaxu, elle médite sur les formes de médiation – dont la beauté terrestre en premier lieu – qui permettent de s’élever vers le divin.



« Rien ne surpasse Platon » : ces quelques mots révèlent bien que, pour Simone Weil, Platon, le premier philosophe, est déjà l’ultime, le point d’origine et le point d’orgue de la pensée. Ailleurs, la philosophe française écrit encore : « La vraie philosophie ne construit rien ; son objet lui est donné, ce sont nos pensées ; elle en fait seulement, comme disait Platon, l’inventaire. » Platon aurait donc, déjà, tout compris ?
 

Pourtant, plus de deux millénaires séparent Weil du disciple de Socrate : un gouffre profond est creusé entre eux par l’avènement du christianisme, auquel Simone Weil, issue d’une famille juive, s’est convertie sans toutefois se faire baptiser. Telle est peut-être la raison pour laquelle, si elle reconnaît que « rien ne surpasse Platon », elle se sent tenue d’ajouter que « Platon n’a dit que la moitié ». En quoi, cependant, serait-il comptable de cette insuffisance ? Platon a dit tout ce qu’il était possible de dire pour un païen à propos du divin, du surnaturel, de l’autre monde. Comme l’explique Monique Broc-Lapeyre, aux yeux de la philosophe, « le sentiment religieux des Grecs pour les astres, qu’ils divinisaient pour leur harmonie parfaite, n’était pas le péché de polythéisme, mais, bien au contraire, était inspiré par leur certitude de l’unicité du Bien » – ce Bien dont Platon dit qu’il est « au-delà de l’essence », qu’il est l’Idée suprême. C’est en ce sens que Weil se permet de parler, déjà, de « Dieu » chez le disciple de Socrate.

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