4. Ça sert à changer le monde ou à l’accepter ?
Slavoj Žižek: “Si je le savais…”
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Cet article est issu du numéro 100 de Philosophie magazine « Qu’est-ce que la philosophie ? », en kiosque le 26 mai 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les philosophes ont jusqu’ici interprété le monde, il s’agit maintenant de le changer, écrivait Karl Marx. Nous avons donc demandé à quatre penseurs engagés leur idée préférée pour ébranler la domination capitaliste.
En 1936, lors d’une célèbre confrontation à l’université de Salamanque, Miguel de Unamuno lançait aux franquistes : « Venceréis, pero no convenceréis » (« Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas »). Il semblerait qu’à l’heure actuelle, la gauche n’ait d’autre riposte au capitalisme mondial triomphant. La gauche – particulièrement convaincante quand il s’agit d’expliquer a posteriori les raisons de sa défaite – serait-elle vouée à convaincre sans jamais vaincre ?
Dans la onzième de ses Thèses sur Feuerbach, Marx affirme : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer. » Mais les philosophes antérieurs à Marx se sont-ils vraiment contentés d’interpréter le monde ? N’ont-ils pas tous envisagé de le transformer radicalement, à commencer par Platon qui se rendit à Syracuse pour convaincre le tyran Denys de mettre ses réformes en pratique ? De tous les philosophes, Hegel est peut-être le seul purement contemplatif, le seul qui ait renoncé à tout projet d’avenir et s’en soit tenu à décrire le présent « gris sur gris ». Paradoxalement, c’est la raison pour laquelle sa pensée a pu servir de tremplin aux tentatives les plus radicales de transformation du monde.