Hors-série "Platon"
Sophistes contre lanceurs d’alerte dans le cinéma
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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les sophistes ne sont pas de vieux rhéteurs enfermés depuis plus de deux millénaires comme des fleurs séchées entre les pages du Protagoras et du Gorgias. Ce sont des spécimens plus vivaces que jamais, qui fleurissent chaque jour dans les médias, sur les plateaux de télé, dans l'industrie et dans la com'. De ces experts en double jeu et double langage, faussaires et manipulateurs d'opinion, le cinéma a su se saisir, leur opposant de valeureux adversaires, et montrant ce qu'il en coûte aux justiciers et lanceurs d'alerte de jouer les trouble-fête dans un jeu cynique et intéressé.
Comment reconnaître la « caverne » ? Elle est toujours pleine de sophistes. Qui sont-ils ? Classiquement, les adversaires de Socrate, ses « rivaux », et au fond, les pires ennemis de la philosophie, puisque ses plus proches imitateurs. Des faussaires, vendant (cher) leurs services au plus offrant. Le Protagoras, le Gorgias mettent en scène face à eux un Socrate faussement modeste, enchaînant les questions comme autant de prises philosophiques, et finissant toujours par triompher en les coinçant dans une aporie dont lui seul a le secret. Une sorte de super-héros de la vérité en toge, qui aurait remplacé les muscles par le verbe. Ce goût pour la justice intellectuelle est souvent incarné à l’écran par des journalistes (Les Hommes du Président) ou des avocats (Le Verdict, The Good Wife). La vérité n’étant pas supposée être un métier mais un devoir, on en trouve cependant la meilleure incarnation dans des films comme Douze Hommes en colère ou Erin Brockovich, justement sous-titré « seule contre tous », qui mettent en scène un homme ou une femme sans qualification particulière.