Entretien

Suzanne Azmayesh : “Avec ce vent empoisonné, le parfum et la couleur des fleurs ont péri, mais soyons patients”

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Suzanne Azmayesh : “Avec ce vent empoisonné, le parfum et la couleur des fleurs ont péri, mais soyons patients”

Suzanne Azmayesh. © Ali Mahdavi/Éditions Léo Scheer

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L’écrivaine Suzanne Azmayesh, autrice de L’Interrogatoire en 2022, livre son regard sur la guerre qui vient d’être lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Selon elle, après la phase de renversement des dirigeants, la population iranienne « saura prendre son destin en main ».


 

Votre contexte familial, que vous abordez dans votre roman L’Interrogatoire, vous place dans une position assez particulière pour suivre les événements en cours en Iran. Pouvez-vous le préciser ?

Suzanne Azmayesh : Mes parents ont quitté l’Iran dans les années 1970. Ma mère a suivi des études au lycée français de Téhéran, elle appartenait à la bourgeoisie occidentalisée, et mon père était venu en France pour faire une thèse de droit. Ils étaient à Paris au moment de la révolution iranienne de 1979 et n’ont jamais pu retourner dans leur pays. Mes parents ont toujours eu des engagements politiques et faisaient partie des opposants au régime du Chah. Ils ont poursuivi leurs activités contre le régime des mollahs à cause de la révolution islamique.

 

Pourquoi ?

Parce qu’ils appartiennent au soufisme, cette tradition de l’islam tolérante et spirituelle, fondée sur l’interprétation des poèmes de maîtres comme Rûmî ou Hâfez, les grands mystiques persans. La tradition soufie accorde une place à la danse et à la musique, elle est très éloignée de l’islam rigoriste des mollahs et porte également un autre regard sur la femme. Elle laisse place à l’expérience individuelle de la spiritualité, ce que le régime islamique n’accepte évidemment pas. En Iran, le soufisme est considéré par le régime comme une hérésie, et ses représentants ont été emprisonnés et persécutés. Mon père, qui est justement maître soufi, a continué à diffuser ses enseignements via les réseaux sociaux, via Zoom, par des écrits aussi. Pour ces raisons, je n’ai jamais pu me rendre en Iran. Nous avons hésité quelquefois, mais face à un régime dont la répression est imprévisible et arbitraire, nous avons préféré appliquer le principe de prudence. Par ailleurs, je suis mariée à un Juif ashkénaze, lui aussi de nationalité française. Il y a parfois quelques discussions animées entre nous mais nous avons réussi au fil du temps à découvrir chacun l’héritage de l’autre, et nous pensons que notre fille pourra elle aussi grandir en s’appropriant ces identités de façon différente, sans les mettre en opposition, avec des racines à la fois juives hongroises et iraniennes. Ce soir [mardi], je m’apprête d’ailleurs à fêter Pourim. Du reste, le cas n’est pas si rare, j’entends souvent parler persan dans les rues de Tel Aviv, car il existe une communauté de Juifs iraniens émigrés en Israël après la révolution de 1979.

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