1. Se concentrer sur le moment décisif

Sylvia Katuszewski: “Quand je sculpte, je laisse jaillir une part inconsciente”

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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Le temps de la sculpture se déroule en plusieurs étapes. Il y a le choix de l’argile, le modelage, le travail de la couleur et les deux cuissons… La phase la plus purement artistique, c’est celle du début, la plus longue. Je m’y plonge entièrement, j’oublie alors toute considération technique. J’y vis une alternance de recherche et de trouvailles, parfois de jaillissements. Il y a une part inconsciente qui joue et dont je me sers. Depuis quelques années, par exemple, lorsque j’évide la sculpture, je fais en sorte de trop la creuser, de façon que la pièce finisse par s’effondrer. Inconsciemment, je pense que je le fais exprès. Cela se joue dans l’instant : l’argile est très fragile, je la vois se liquéfier et s’écrouler. Mais cet effondrement est une étape que j’utilise, comme un sacrifice de la première forme. Pour moi, cet instant est crucial, mais, lorsqu’il survient, je n’ai pas d’idée à l’esprit, pas de représentation. Cela se joue dans le corps, dans les sensations. Il y a aussi l’instant où le visage, la sculpture, m’apparaît. Soudain, je comprends que je l’ai trouvé. Ma main l’a trouvé, et mon œil le reconnaît. Je sais que le visage est là.

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