Dossier / “Que peut-on opposer à la violence ?”
Trois parades pour survivre à un monde de brutes
© William L. pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Afin de répondre à la violence, les philosophes, de Socrate aux féministes contemporaines, ont déployé trois stratégies : l’autodéfense, le recours à la loi et l’argumentation. Panorama.
L’autodéfense
John Locke / La légitime défense
L’idée
Au XVIIe siècle, le philosophe anglais pose les bases d’une société réglée par le droit. Les humains quittent l’état de nature, où tout est permis, pour confier la charge de leur sécurité à un gouvernement. Mais lorsque nos droits inaliénables, comme la liberté individuelle ou la propriété, sont menacés, Locke avance que nous avons le droit de nous faire justice.
La citation
« Ainsi, ce voleur, auquel je ne peux faire aucun mal sauf en recourant à des voies de droit, s’il m’a dérobé tout ce que je possède, je peux le tuer quand il m’attaque à main armée, pour m’arracher, ne serait-ce que mon cheval ou mon manteau. »
Traité du gouvernement civil (1690)
Jean-Paul Sartre / Contre l’oppression
L’idée
Dans sa préface aux Damnés de la terre du philosophe anticolonialiste Frantz Fanon, Sartre justifie la violence contre les oppresseurs. Elle est même, selon lui, la seule manière de redevenir humain en se libérant de sa sujétion vis-à-vis du Blanc.
La citation
« Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. »
Préface aux Damnés de la terre (1961)
Elsa Dorlin / Self-défense féministe
L’idée
La protestation non violente est un leurre, car elle reste dans le cadre d’un État qui perpétue l’inégalité, notamment entre hommes et femmes. Il est inutile de s’adresser à lui pacifiquement pour restaurer la justice sociale. Seule l’autodéfense active permet de faire bouger les choses.