Motifs cachés
Un monde illisible
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Cet article est issu du numéro 120 de Philosophie magazine « À quelle vitesse voulons-nous vivre ? », en kiosque le 31 mai 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les chaînes d’information en continu veulent nous donner accès au temps réel. Au prix d’une dissociation entre textes et images qui tourne à la confusion ?
Dans La Galaxie Gutenberg [1962], Marshall McLuhan retrace les bouleversements induits par l’invention de l’imprimerie. Il lui attribue l’apparition, non de la conscience, mais de l’opinion personnelle. Avec l’imprimerie, ce qui devenait possible pour ceux qui savaient lire, ça n’était pas seulement d’acquérir des ouvrages religieux ou des livrets pamphlétaires, c’était de les lire seul. C’était de les lire en silence. De laisser les mots se déposer en soi et de se former une opinion. Avant l’imprimerie, la rareté des manuscrits appelait à des lectures partagées. Et McLuhan de citer des règles religieuses où il est demandé aux moines d’éviter de faire du bruit en lisant. C’est quelque chose que l’on imagine mal, et, pourtant, avant l’invention de l’imprimerie, la lecture était bruyante.