Un nouveau pavé dans la mare

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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Onze ans après “L’Origine des espèces”, Darwin s’attaque à la question de l’évolution humaine, sujette également à polémiques en cette fin de XIXe siècle.

« J’ai été tellement fatigué par mon dernier livre que je me suis décidé à m’amuser en publiant un court essai sur la Filiation de l’Homme. J’ai été en partie amené à ce faire par la critique qu’on m’a adressée de cacher mes idées à ce sujet, mais principalement à cause de l’intérêt que la question m’inspire depuis longtemps. » C’est sur ce ton badin que Darwin évoque son travail sur ce qui n’a rien d’un « court essai » mais relève plutôt d’une somme, pilier de son œuvre. En février 1871, soit plus de onze ans après L’Origine des espèces, paraît The Descent of Man & Selection in Relation to Sex (« la descendance – ou filiation – de l’homme et la sélection sexuelle », selon les traductions). Darwin a pris son temps, celui pour que l’idée d’une évolution autonome et adaptative de la nature fasse son chemin dans les esprits conservateurs de la Grande-Bretagne victorienne. Pavé dans la mare des créationnistes qui plaident pour une nature immuable née de la main divine, L’Origine n’abordait pas le cas épineux de l’espèce humaine. C’est désormais chose faite et, ô surprise, « tout le monde en parle sans être choqué », note Darwin. « L’unique objet de cet ouvrage est de considérer, premièrement, si l’homme, comme toute autre espèce, est issu par filiation de quelque forme préexistante ; deuxièmement, le mode de son développement ; et, troisièmement, la valeur des différences entre ce que l’on appelle les races de l’homme », prévient-il dans l’« Introduction ». Depuis quelques années, les découvertes de ceux que l’on ne nomme pas encore les paléontologues se multiplient, l’intérêt pour les traces de « l’homme antédiluvien » gagnent les salons où l’on se passionne pour des squelettes humains côtoyant des espèces animales depuis longtemps disparues. La preuve d’un cousinage entre l’homme et le singe, ou que « l’homme descend du singe » comme on a l’habitude d’en raccourcir l’idée, s’implante donc en terrain favorable.