Intraduisible

Wanderlust

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Cet article est issu du numéro 161 de Philosophie magazine « Peut-on être lucide et heureux ? », en kiosque le 07 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : allemand

 

Le mot évoque un hashtag Instagram ou, pour les Parisiens, un club en bord de Seine. Mais, avant de devenir une étiquette cool et branchée, la Wanderlust désignait chez Goethe et les romantiques allemands du XVIIIe siècle le désir et la joie (Lust) du voyage, de l’errance, de la randonnée (wandern). Aspiration à parcourir le monde, à arpenter la Terre qui pousse sans cesse l’homme au devant de lui-même, la Wanderlust est un appel irrépressible de l’ailleurs, qui ne peut jamais être satisfait. Le mot est bientôt adopté en anglais, par exemple par le poète écossais Robert William Service : « La wanderlust m’a arraché aux assises de l’aisance, elle m’a projeté jusqu’aux confins de la terre. Comme je l’ai maudite amèrement… » (« Wanderlust », in Complete Poems, 1950). Impossible, cependant, d’échapper à cet élan d’aventure : « Il n’y a pas de repos ou de paix pour moi ; je dois suivre la wanderlust, qui résonne impérieuse. » Car la Wanderlust, au-delà de l’intranquillité qu’elle suscite, est aussi source de sagesse. Elle inscrit en l’homme un désir profond de liberté, l’idéal d’une vie sans attache, tournée vers la contemplation désintéressée du monde. « Je suis l’esclave heureux de la liberté, et je le serai jusqu’à ma mort. Je dois remercier la wanderlust pour cela », conclut Service.