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Y a-t-il des vérités indiscutables ?

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Cet article est issu du numéro 150 de Philosophie magazine « Pourquoi on s’énerve ? », en kiosque le 03 juin 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Analyse des termes du sujet

« Y a-t-il »

Existe-t-il ? Peut-on le constater ? 

« des vérités »

Des faits avérés, des théories démontrées.

« indiscutables »

Qui s’imposent avec évidence, qui excluent tout débat.

 

Défrichage

Premières intuitions

Le sentiment de mon existence, la rotation perpétuelle de la Terre autour du Soleil, le fait que la somme des angles d’un triangle soit égale à 180° sont autant d’exemples de certitudes qui ne semblent pas prêter à discussion. Pourquoi revenir sur des évidences que chacun peut expérimenter ou apprendre aisément, parce qu’elles sont démontrées ?

Pourtant, je peux rêver que j’existe, anticiper l’implosion du Soleil et la disparition de la Terre, constater que dans un espace courbe la somme des angles triangles n’est pas égale à 180°. Loin d’être définitives, les vérités acquises deviennent alors relatives et donc discutables.

Mais cela implique-t-il que tout est matière à débat, qu’il n’y a pas de consensus possible sur ce que les hommes considèrent comme vrai ? Comment espérer progresser dans la connaissance si tout ce qui semble établi est remis en question par une discussion qui, en droit, pourrait bien être sans fin ?

 

Exemples qui viennent à l’esprit

Hamlet (v. 1660), de Shakespeare, raconte l’histoire d’un prince qui hésite à venger son père, car le spectre de celui-ci lui commande de le faire. Or comment croire un spectre ? L’indécision de Hamlet atteste que certains débats intérieurs sont sans fin.

Dans Le Loup et l’Agneau (1668), La Fontaine montre que celui qui détient la force triomphe des débats, même avec des arguments de mauvaise foi. L’agneau ne peut rien contre la loi cruelle de la nature : quand un prédateur rencontre une proie, il la mange.

Le roman Le Nom de la rose (1980) d’Umberto Eco situe une enquête criminelle au XIIIe siècle dans une abbaye bénédictine imaginaire. Guillaume de Baskerville et Bernardo Gui, deux inquisiteurs, s’y affrontent pour établir la vérité. Dans cette parodie de la « dispute » médiévale, les démonstrations avancées par Guillaume à mesure que les preuves s’accumulent finissent par l’emporteret mettent fin aux discussions.

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