Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
Ancrée dans le sens commun, l’idée selon laquelle la propriété serait un fondement de l’ordre social fait l’objet d’une critique nourrie chez le philosophe Pierre Crétois, quand bien même elle bouscule une longue tradition politique et juridique. S’opposant à « l’idéologie propriétaire », l’auteur repense la propriété pour en faire une simple « modalité du commun », et non plus un droit d’exclure autrui. Sa démonstration vise à une réintégration de la propriété dans les relations à ce qui lui est extérieur. De quoi sommes-nous alors propriétaires ? « De certains droits relatifs sur des choses mais non des choses elles-mêmes », estime Crétois, mobilisant les travaux méconnus du juriste bordelais de la fin du XIXe siècle Léon Duguit. Pour ce dernier, il n’existe pas de droits de propriété absolus : le fondement de la propriété, sa justification et son étendue sont relatifs à sa fonction sociale. Il ne s’agit pas de proposer une limitation de la propriété mais « une refondation contractualiste de celle-ci à partir des exigences du commun ». Les conditions d’une telle refondation poussent à ce que « les choses ne puissent plus appartenir exclusivement à qui que ce soit » et qu’elles soient « considérées comme coappartenant à tous ou comme étant copossédées ». Tout au plus pourrait-on posséder certains droits sur les choses, compatibles avec ce que nous nous devons les uns aux autres. « Être propriétaire, ce n’est pas avoir une chose à soi à l’exclusion des autres, mais avoir une chose toujours en partage avec les autres, de sorte que les droits qui portent sur cette chose incluent et prennent en compte le point de vue des autres », écrit-il. Le droit de propriété de l’industriel sur son usine doit ainsi être repensé pour être compatible avec le droit des autres à bénéficier d’un environnement non pollué. Il importe aussi de réduire les droits de l’usager privé pour « faire droit aux droits des biens communs », comme les ressources naturelles (eau, air, forêt…), que l’usage des propriétés privées menace de détruire. Un stimulant modèle théorique de « copossession du monde » ajusté aux urgences de la crise sociale et environnementale. Privons-nous de la propriété.
Le nouveau ministre de l’Intérieur déploie un discours très ferme, pour ne pas dire martial, depuis plusieurs jours. Avec pour conséquence l’oubli de certaines…
Droit fondamental ou usurpation ? Le père de l’anarchisme attaque ici l’une des bases de l’État de droit.
Atteint d’une tumeur cancéreuse, Ivan Illich, pourfendeur de la médicalisation à outrance, a refusé de se faire opérer, mettant ainsi ses principes en pratique.
La proposition de « loi visant à sortir la France du piège du “narcotrafic” », adoptée par le Sénat, évoque un état de submersion du territoire par…
Appliquer à l’économie le geste de la déconstruction initié par Derrida ? C’est l’ambition de ce séminaire organisé par Giustino de Michele à la librairie Utopia (1, rue Frédéric-Sauton, Paris Ve). Comme toute structure, l’économie se fantasme…
Le blocage du détroit d’Ormuz a engendré une grande perturbation dans les économies du monde entier. Le biologiste Olivier Hamant, auteur des…
Dans une lettre ouverte publiée le 14 mai dans The New York Times, l’actrice Angelina Jolie a annoncé qu’elle avait subi une double mastectomie…
Êtes-vous avare, prodigue, ascète ou cynique ? Le philosophe Georg Simmel pensait qu’il existe quatre grands types de rapports à l’argent. Nous revisitons ces caractères en compagnie d’un sociologue, d’un psychanalyste et d’un…