Politique
“L’ordre, l’ordre, l’ordre” : Bruno Retailleau en pleine tentation illibérale ?
Paris, le 23 septembre 2024. Le nouveau ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau à l’hôtel Matignon. © Ian Langsdon/AFP
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Le nouveau ministre de l’Intérieur déploie un discours très ferme, pour ne pas dire martial, depuis plusieurs jours. Avec pour conséquence l’oubli de certaines de ses prérogatives, comme la défense des droits fondamentaux ? Analyse.
« On a un ministre lecteur de Hobbes » : c’est en ces mots que l’avocat pénaliste et ex-candidat NFP Raphaël Kempf commentait, le 23 septembre, la désignation de Bruno Retailleau comme ministre de l’Intérieur. En cause, le leitmotiv invoqué par le nouveau « premier flic de France » lors de la passation de pouvoir : « J’ai trois priorités : rétablir l’ordre, rétablir l’ordre, rétablir l’ordre. Je crois à l’ordre, comme condition de la liberté. »
Difficile de dire si Retailleau a effectivement lu Thomas Hobbes (1588-1679) – tout au plus peut-on noter que le philosophe anglais est invoqué par un autre élu du parti Les Républicains, Olivier Paccaud, lors de discussions sur une proposition de résolution sénatoriale sur les forces de l’ordre vivement critiquée, portée en 2023 par le ministre de l’Intérieur. Quoiqu’il en soit, force est de reconnaître que cette insistance sur l’ordre rappelle immédiatement la vision politique de Hobbes.
Un contrat social “à la dure”
Revenons-y un instant. À l’état de nature, Thomas Hobbes assure que chaque homme jouit d’une pleine liberté qui est son droit naturel. Problème : cette liberté sans restriction se heurte à celle des autres, et toutes menacent de s’autodétruire.
“Hors de la société civile chacun jouit d’une liberté très entière, mais qui est infructueuse, parce que comme elle donne le privilège de faire tout ce que bon nous semble, aussi elle laisse aux autres la puissance de nous faire souffrir tout ce qu’il leur plaît. […] Hors de la société, chacun a tellement droit sur toutes choses, qu’il ne peut s’en prévaloir et n’a la possession d’aucune […] Hors de la société civile, ce n’est qu’un continuel brigandage et on est exposé à la violence de tous ceux qui voudront nous ôter les biens et la vie”