Les Mondes d’Orsay

Une recension de Océane Gustave, publié le

Le pluriel arboré par le titre de ce beau livre ne surprend point. Le XIXe siècle et le jeune XXe siècle, qu’embrasse le musée d’Orsay, ne se distinguent-ils pas par la diversité des arts (peinture, sculpture, photographie…) et des artistes faisant du monde leur champ ? Mais la portée de ce pluriel est autrement plus grande. Car les commentaires éclairants de l’historien Pierre Singaravélou mettent au jour ce fait incontestable : l’art en mouvement du musée d’Orsay a pour sol nourricier les mutations sociales, politiques et technologiques propres à cette période, parmi lesquels figurent l’avènement du socialisme ou encore le progrès ferroviaire. Il est ainsi coextensif de ce qu’on pourrait déjà nommer une mondialisation prenant tantôt les sombres traits d’une entreprise coloniale autant immortalisée que légitimée, tantôt ceux d’un orientalisme teinté d’un exotisme impérieux. Mais, surtout, on a affaire à un art « connecté » entre les nations. En témoigne l’exemple de la célèbre Statue de la liberté (dont le musée d’Orsay possède un modèle réduit), symbole de l’identité nationale états-unienne, qui s’inspire pourtant presque entièrement d’un projet égyptien conçu par le sculpteur Bartholdi. Ainsi, comme le rappelle l’historien, « rien de plus international que la construction des identités nationales ». 

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