Hors-série "Hannah Arendt"
Arendt : renouer avec l’action politique
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 28 de Philosophie magazine « Hannah Arendt, la passion de comprendre », en kiosque le 22 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Un des enjeux de la pensée de Hannah Arendt est de faire que la participation à la marche de la cité redevienne ce « bonheur public » que décrivaient les acteurs de la révolution américaine, ou cette affaire impérieuse qui mobilisa les membres de la Résistance. C’est alors vers les poètes qu’elle se tourne, de Homère à René Char.
Si nous avons oublié la saveur du politique, c’est que les expériences qui l’incarnent n’ont pas trouvé leur traduction philosophique. Les philosophes n’ont pas su élaborer les concepts qui articulent cette dimension de l’existence et la rendent irréductible à toute autre modalité de la vie active. Le pouvoir est confondu avec la domination, l’action avec la fabrication, comme si l’on « faisait » l’histoire comme le menuisier fabrique un lit. Hannah Arendt reproche à la philosophie d’avoir « exclu de son système de concepts un grand nombre d’authentiques expériences politiques, parmi lesquelles nous ne serons pas surpris d’en trouver de réellement fondamentales ». C’est d’abord chez Homère, dans l’Iliade, que Arendt rencontre l’expression de cette expérience de l’agir humain et de la liberté. Le pouvoir y procède de la mise en commun des paroles et des actions ; l’action est initiative concertée, liée à la pluralité humaine, la liberté se déploie dans la saveur des commencements.