Décryptage

Astrologie, voyance, sorcellerie… Pourquoi un tel succès ?

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Astrologie, voyance, sorcellerie… Pourquoi un tel succès ?

© CSA-Printstock/iStockphoto

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De plus en plus d’individus, surtout des jeunes, assument croire à des parasciences comme l’astrologie ou la sorcellerie. Faut-il y voir un échec de la rationalité ? Pas si simple, répondent Marcel Gauchet et Camille Riquier.

 

L’affaire Paul Pogba – le footballeur accusé par son frère d’avoir fait appel au service d’un marabout pour ensorceler Kylian Mbappé – a fait grand bruit. À quelques semaines de la Coupe du monde de football, elle signale un fait déroutant, souligné par la fondation Jean-Jaurès fin 2020 : 58% des Français croient à au moins une discipline de « parascience » (synonyme de sciences occultes et de pseudo-sciences), dont 41% à l’astrologie et 26% à la voyance. Un phénomène qui concerne particulièrement les jeunes, puisque pas moins de 40% des moins de 35 ans croiraient à la sorcellerie, contre 25% des plus de 35 ans.

Comment expliquer une telle résurgence de ces croyances, des décennies après le triomphe apparent de l’esprit scientifique qui a marqué l’Occident depuis le XVIIIe siècle ? La philosophie et son plus fidèle instrument, la raison critique, auraient-ils échoué dans leur entreprise de mise à mal des superstitions et autres croyances irrationnelles ?

Un monde désenchanté

Ce retour en force de la sorcellerie, de l’astrologie ou de la voyance marquent peut-être paradoxalement le succès de la rationalisation du monde qui s’est déployée avec la modernité. Avec la victoire de la science et les attaques portées contre les diverses croyances – superstitions, mais aussi dogmes religieux –, l’Occident a eu tendance à battre en brèche l’idée d’un principe mystérieux ou invisible au fondement de la réalité. Mais la perspective selon laquelle tout est potentiellement explicable et démontrable a suscité en retour un vertige, et une réaction.

Le fait de chasser Dieu, mais aussi les fées et les esprits, aurait créé un vide que certains ont besoin de combler. Un monde dans lequel la part de mystère est niée est en effet un monde de fait « désenchanté ». Dans L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme (1904), Max Weber utilise cette expression de « désenchantement du monde ». À ses yeux, la rationalisation moderne ne suffit pas à combler notre quête de sens : elle nous enferme dans une « cage de fer ». Weber s’interroge : « Nul ne sait encore qui, à l’avenir, habitera la cage, ni si, à la fin de ce processus gigantesque, apparaîtront des prophètes entièrement nouveaux, ou bien une puissante renaissance des pensers et des idéaux anciens, ou encore – au cas où rien de cela n’arriverait – une pétrification mécanique, agrémentée d’une sorte de vanité convulsive. » Il pressentait que les hommes chercheraient à ré-enchanter le monde, ou bien qu’ils sombreraient dans une léthargie consécutive à leur crise existentielle.

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