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Bichat : à la vie, à la mort

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Marie Francois Xavier Bichat (1771-1802). Gravure d’A. Coupe d’après Choquet

Marie Francois Xavier Bichat (1771-1802). Gravure d’A. Coupe d’après Choquet. © wellcomecollection.org/CC BY 4.0

Marie François Xavier Bichat est né il y a tout juste 250 ans. Le nom de ce médecin et anatomiste né en 1771 est connu car il a notamment été attribué à l’un des plus grands hôpitaux parisiens. Mais qui était Bichat, et quel est son apport philosophique dans l’histoire de la médecine ? Présentation.

 

Même si Bichat a publié d’autres ouvrages et notamment des traités d’anatomie, l’histoire n’a retenu de lui qu’un livre publié en 1800, intitulé Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Il y défend une conception qu’on peut qualifier de « vitaliste » : contrairement au « mécanisme » d’inspiration cartésienne, il considère qu’il existe chez les êtres vivants une certaine force, originale et irréductible aux lois physico-chimiques de la matière brute et inorganique : la vie.

L’un des pères du “vitalisme”

Qu’est-ce que la vie ? Question redoutable, qui nous renvoie tantôt à des truismes de dictionnaires (« La vie, c’est la propriété des êtres vivants »), tantôt à l’inventaire des propriétés qui ne disent rien de ce qui en fait l’essence (« Est vivant ce qui bouge, grandit, etc. »). C’est pourtant sans hésitation que Bichat avance sa propre définition dès le début de son ouvrage : « La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort. » Tout être vivant possède une sorte d’équilibre interne sans cesse menacé de l’extérieur, tout en étant doté d’un principe de réaction.

Ce principe varie notamment avec l’âge. Ainsi, pour Bichat, « il y a une surabondance de vie dans l’enfant, parce que la réaction surpasse l’action » tandis que « la réaction du principe interne diminue chez le vieillard, l’action des corps extérieurs restant la même ; alors la vie languit et s’avance insensiblement vers son terme naturel, qui arrive lorsque toute proportion cesse. »

“Bichat a relativisé le concept de mort”

Mais en quoi cette manière de concevoir la vie est-elle révolutionnaire ? Michel Foucault l’explicite dans son étude Naissance de la clinique (1963). Pour Foucault, la définition de Bichat a permis de repenser le rapport à la mort. La mort était habituellement conçue soit comme un pur néant, soit comme un événement extérieur à la vie et étrangère à elle ; dans les deux cas, vie et mort s’excluaient réciproquement, à la manière du jour et de la nuit.

La nouveauté de la conception de Bichat consiste à penser la vie, la mort et la maladie ensemble, comme un tout indissociable et conflictuel : « La vie, la maladie et la mort constituent maintenant une trinité technique et conceptuelle, écrit Foucault. La vieille continuité des hantises millénaires qui plaçaient dans la vie la menace de la maladie, et dans la maladie la présence approchée de la mort est rompue : à sa place, une figure triangulaire s’articule, dont le sommet supérieur est défini par la mort. »

Alors que la mort était vue comme une étape surgissant après la vie, autrement dit venant lui succéder en lui mettant un terme, Bichat lui donne une place dans le cours ordinaire de l’existence, où elle est installée depuis la naissance. Vivre consiste à résister à la mort, à lutter en permanence, contre cet élément constamment présent et menaçant qu’est la mort. Comme l’écrit un peu plus loin Foucault, « Bichat a relativisé le concept de mort, le faisant déchoir de cet absolu où il apparaissait comme un événement insécable, décisif et irrécupérable : il l’a volatilisé et réparti dans la vie. »

Une révolution dans l’histoire de la médecine

L’idée que la mort soit ainsi « répartie dans la vie » a également introduit une véritable révolution dans le regard anatomique et clinique porté sur les malades. Pour Foucault en effet, la théorie de Bichat n’a pas seulement rendu plus ténue la frontière entre la vie et la mort, elle a aussi permis d’objectiver la mort, d’en faire un objet d’étude bien visible, une réalité qui se prête à l’observation dans le fonctionnement « normal » du corps. « La mort restait dans le dos du médecin, la grande menace sombre où s’abolissaient son savoir et son habileté, explique-t-il ; elle était le risque non seulement de la vie et de la maladie mais du savoir qui les interrogeait. Avec Bichat, le regard médical pivote sur lui-même et demande à la mort compte de la vie et de la maladie. »

Ce faisant, non seulement Bichat a-t-il libéré la médecine de la peur de la mort, mais il a en outre poussé les chirurgiens à en regarder de près les manifestations, à l’étudier pour mieux comprendre le fonctionnement de la vie elle-même. D’où cette autre formule de Bichat, moins célèbre que sa définition de la vie, mais qui a également marqué l’histoire de la médecine : « Ouvrez quelques cadavres : vous verrez aussitôt disparaître l’obscurité que la seule observation n’avait pu dissiper. »

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