Hommage
Bruno Latour : un philosophe terrestre
Bruno Latour. ©Iorgis Matyassy
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Cet article est issu du numéro 164 de Philosophie magazine « Réparer la Terre ? », en kiosque le 28 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans la nuit du 8 au 9 octobre est mort Bruno Latour, des suites d’une longue lutte contre le cancer. Né à Beaune en 1947, il était âgé de 75 ans.
Si l’influence de Bruno Latour sur la philosophie et les sciences contemporaines est immense – il fait partie des dix penseurs les plus cités dans les articles de recherche –, elle revêt une forme originale. D’abord, Bruno Latour est beaucoup plus célèbre aux États-Unis et dans le monde qu’en France ; en effet, il a débuté ses travaux en Californie, où il a mené une enquête ethnologique sur les scientifiques du Salk Institute, ce qui a donné lieu à son premier ouvrage, La Vie de laboratoire (coécrit avec Steve Woolgar, 1979). Même s’il a été chercheur à l’École des mines et professeur à Sciences-Po, il n’a jamais cessé d’intervenir comme professeur invité dans de prestigieuses universités anglo-saxonnes. L’un de ses livres les plus importants, Face à Gaïa (La Découverte, 2015), est ainsi tiré des Gifford Lectures qu’il a données en anglais à Édimbourg. Ensuite, trait plus singulier, l’aura de Latour a sauté une, voire deux générations : ses essais inspirent nombre de jeunes chercheurs qui travaillent à partir de ses intuitions – notamment dans le champ de la pensée écologique, où il a été lu de près par Emanuele Coccia, Nastassja Martin, Sébastien Dutreuil, Pierre Charbonnier, Dusan Kasic ou encore Baptiste Morizot…