Reconfinement
Ce que change le télétravail
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« Le recours au télétravail doit être le plus massif possible, cinq jours sur cinq. » Le 29 octobre, à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a de nouveau incité les Français à se confiner en travaillant depuis chez eux. Déjà expérimenté lors du premier confinement, au printemps, le télétravail généralisé redevient donc la norme pour les personnes pouvant exercer à distance – c’est-à-dire devant un ordinateur. La crise du Covid-19 vient ainsi amplifier et accélérer une tendance de long terme, née de l’extension du réseau et des outils connectés. Les temps de travail et de loisir sont décloisonnés et se chevauchent : on fait les courses ou on prend une douche entre deux réunions, on consulte ses mails dans son lit le soir...
Si nous avons accepté le télétravail pendant le premier confinement, c’est que nous avons pensé pouvoir tresser les activités attrayantes et rébarbatives, rémunératrices ou non, selon nos priorités et nos envies. Mais entre ce beau projet et la pratique, n’avons-nous pas constaté un écart ? Cette question a motivé la publication de notre dossier « Enquête sur la fusion du travail et de la vie », à la une du dernier numéro de Philosophie magazine – actuellement en vente en kiosques ou disponible sur abonnement numérique. D’un côté, le fait de ne plus se déplacer pour aller travailler a fait de nos vies des open spaces permanents. De l’autre, les moments de détente ou de joie domestique semblent de moins en moins appréciables : nos pâtes ont le goût de nos mails.
Nous voici donc, collectivement, le cul entre deux chaises. Les emplois du temps ont sauté, le travail se réinvente hors les murs, ailleurs qu’au bureau… Pas de doute, nous vivons une période d’expérimentation sociale à grande échelle. Quels sont les nouveaux risques d’aliénation et comment les éviter ?
Dans son enquête, Alexandre Lacroix interroge des philosophes contemporains pour analyser les conséquences plus ou moins heureuses nées de cette fusion entre travail et temps libre : inégalités de genre, fin des rythmes sociaux prédéfinis, transformation de la productivité, bouleversements des équilibres familiaux… Et donne quelques pistes pour ne pas perdre entièrement ses repères.