Le jargon décrypté

C’est quoi l’“épochè” ?

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Cet article est issu du numéro 195 de Philosophie magazine « Moi, moi et encore moi. Comment sortir de sa bulle ? », en kiosque le 04 décembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Parfois, le vocabulaire de la philosophie est obscur. Nous vous aidons à y voir plus clair.

  • Le mot grec épochè signifie « arrêt », « cessation », et sera traduit par Cicéron (Ier siècle av. J.-C.) par « suspension de l’assentiment ».

  • Le concept d’épochè, dans l’Antiquité, est développé par les successeurs de Platon à la tête de l’Académie à Athènes et repris par les sceptiques. Il désigne une attitude qui consiste à n’accorder son assentiment à aucune religion, à aucune doctrine métaphysique ou morale, à considérer que la vérité est indécidable. Sextus Empiricus (IIe-IIIe siècle de notre ère) la définit dans ses Esquisses pyrrhoniennes comme un « arrêt de la pensée, du fait duquel nous ne rejetons ni n’adoptons rien ». 

  • Après un long sommeil, le concept connaît une seconde naissance au XXe siècle, sous l’impulsion d’Edmund Husserl, qui en fait une méthode. Dans Idées directrices pour une phénoménologie (1950), il écrit que l’épochè consiste en une « mise entre parenthèses » de tout ce que nous croyons savoir sur le monde, qui neutralise nos préjugés, nos croyances et jusqu’aux catégories du langage. L’épochè permet au sujet méditant de se sentir comme un « moi vivant dans le monde », une conscience pure, et de renouer un rapport direct aux choses.