Devons-nous croire en l’Apocalypse ?
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Cet article est issu du numéro 13 de Philosophie magazine « 13 - octobre 2007 », en kiosque le 27 septembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous sommes entrés dans une ère dont l’horizon est la destruction de l’écosystème terrestre, donc de la vie humaine. Mais, contrairement aux chrétiens face au Jugement dernier, nous refusons d’y croire.
Comment nous représentons-nous la fin du monde ? Durant le Moyen-Âge chrétien, la majorité des fidèles croyaient à l’Apocalypse et au Jugement dernier, ils s’y rapportaient par un acte de foi. Ils n’en avaient aucune preuve tangible, sinon quelques descriptions prophétiques ou obscures contenues dans les textes de la tradition, notamment dans les Évangiles et dans l’Apocalypse de Jean. Par souci de ce Jugement dernier, les croyants acceptaient de modérer leurs passions, de réformer leurs comportements et de respecter les commandements divins.
Avec la sécularisation du monde, mais aussi après le choc de l’explosion de la bombe de Hiroshima en août 1945, tout a changé. Nous savons désormais que l’humanité court le risque de s’autodétruire. D’une part, les grandes puissances disposent d’un armement suffisant pour mettre fin à la vie sur Terre ; d’autre part, les signes de la fragilité de l’écosystème terrestre se multiplient. Ce n’est plus la tradition religieuse, mais la science et l’actualité qui nous informent sur les risques encourus. Cependant, nous ne parvenons pas à transformer notre savoir en actes. Si nos aïeux avaient à cœur de bien se conduire pour assurer leur salut, nous ne parvenons pas à modifier nos comportements pour veiller à l’avenir de l’humanité.
À partir d’un tel constat, le philosophe Jean-Pierre Dupuy a construit la notion de « catastrophisme éclairé ». Rappelant, à la suite de Günther Anders, que nous sommes entrés dans une époque dont l’horizon est l’autodestruction de l’humanité, il propose de prendre conscience du caractère inéluctable de la catastrophe. Notre histoire a une fin, peut-être plus proche que nous ne l’imaginions, et il convient d’affronter avec lucidité cette échéance, pour la retarder au maximum. C’est parce qu’il invite à l’action que le catastrophisme de Jean-Pierre Dupuy n’est pas un pessimisme ni une résignation, mais qu’il se veut éclairant. Il ne s’agit pas de faire du sensationnalisme, mais de mettre les contemporains devant leur exorbitante responsabilité écologique et morale.