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Éloge du sacrifice

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Éloge du sacrifice

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Alors que les guerres et massacres du XXe siècle ont fait pâlir l’attrait du sacrifice et que l’intérêt individuel est devenu la valeur prépondérante de notre temps, est-il encore possible de donner sens à l’idée du sacrifice ? Oui, répond la philosophe Audrey Jougla, dans les pas de Georges Bataille et d’Anne Dufourmantelle. À condition de ne plus le concevoir verticalement dans une valorisation problématique de la mort, mais horizontalement, en lien avec les autres et avec la vie. 


 

Un récent sondage de l’Institut Montaigne sur les jeunes (16-30 ans) et le travail confirme que la nouvelle génération n’est plus prompte à sacrifier sa qualité de vie pour sa carrière, et que ces attentes peuvent créer un décalage avec la réalité, voire une désillusion. Par ailleurs, les femmes ne souhaitent plus sacrifier leur vie professionnelle ou leur liberté sur l’autel de la maternité, et l’on nous félicite de ne rien sacrifier de notre carrière pour nos enfants. C’est que le sacrifice n’a pas bonne presse : synonyme de faiblesse, de domination, d’incapacité à s’imposer ou à tout mener de front, il serait presque l’aveu d’un échec. Celui qui sacrifie quelque chose, ou se sacrifie, a perdu. 

Une autre conception, à contre-courant de l’air du temps, est pourtant possible, révélant les vertus d’une attitude, plus que d’un acte isolé, qui nous sort de notre logique d’intérêt individuel mais aussi de la logique comptable, et oriente le sens du sacrifice vers la vie plutôt que vers la mort.

“Aujourd’hui, celui qui sacrifie quelque chose, ou se sacrifie, a perdu. Pourtant, une autre conception du sacrifice révélant ses vertus, est possible” Audrey Jougla

 

D’où vient la connotation péjorative du sacrifice ? L’étymologie latine (sacer, « sacré », et facere, « faire, rendre ») indique qu’il s’agit de rendre sacré un objet ou un acte, renvoyant à l’idée d’offrande à des divinités. Il s’agit d’un don impliquant une sacralité, et donc un coût. D’où l’idée d’une souffrance – exacerbée dans les sacrifices animaux ou humains que des coutumes, croyances ou religions ont codifiés. 

La rhétorique sacrificielle a aussi été utilisée pour demander à des populations de courber l’échine, de subir sans broncher : la religion en a usé en promettant un salut post-mortem, les dirigeants politiques en ont abusé pour empêcher bien des révoltes et des soulèvements. Au XIXe comme au XXe siècle, le sacrifice pour la patrie fut un puissant ressort de propagande.

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