Écologie
Et si on en finissait avec le gazon ?
© Marina Kraus/Unsplash
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De plus en plus de Britanniques rejettent le modèle traditionnel de la pelouse monochrome coupée à ras et préfèrent laisser les éléments s’exprimer librement. Retour sur l’histoire d’une petite hérésie écologique.
Le gazon taillé à ras, au Royaume-Uni, c’est fini ! Initié en 2019, le mouvement anglais No Mow May (« un mai sans tonte ») suscite un intérêt croissant outre-Manche. Les inscriptions sur la plateforme en ligne dédiée augmentent de 30% par an. Une carte permet de visualiser la répartition de ces particuliers qui se lancent dans l’éco-résistance en disant « non » à un modèle végétal jugé aberrant.
Domination humaine sur la nature
Tout entière tissée de végétaux, la pelouse n’en est pas moins une « création humaine » de part en part, comme le souligne le biologiste Claude Lavoie, auteur de Pissenlit contre pelouse. Une histoire d’amour, de haine et de tondeuse (2024). Les premières pelouses sont de fait involontaires : dès le Moyen Âge au moins, les « communaux », où les villageois font paître leurs bestiaux, se muent en prairies rases. On parle de pelouse, dérivé du latin pilosus, « poilu », pour décrire ces étendues régulièrement tondues par le passage des bêtes. L’aristocratie réinvestit bientôt ce modèle paysager autour de ses châteaux. Symboliquement, le seigneur affiche sa foi – le motif du berger et du pâturage sont très présents dans la Bible. Mais les pelouses environnant les châteaux ont surtout une utilité tactique : elle permettent de mieux voir venir de loin l’ennemi.
Il faut attendre le XVIIe siècle pour que la pelouse devienne un élément central de l’esthétique paysagère. À Versailles, André Le Nôtre (1613-1700) imagine, pour l’« allée royale », un immense « tapis vert » fauché régulièrement autour duquel s’organise le jardin. La métaphore du tapis n’est pas anodine : comme avec les buissons taillés de près, il s’agit de manifester, dans la maîtrise de l’homme sur la poussée végétale, sa domination sur la nature. Tel est l’état d’esprit qui habite le « jardin à la française ». L’émergence du jardin « à l’anglaise », impulsée par le paysagiste Capability Brown (v.1715-1783), change en partie la donne. Dans le jardin français, comme le dit Schopenhauer, « se reflète seulement la volonté du propriétaire, qui a soumis la nature à son caprice, et lui fait porter, en signe d’esclavage, au lieu de ses idées propres, des formes arbitraires et imposées ». Au contraire, « le principe des jardins anglais, [c’est] de cacher l’art le plus possible, pour faire croire à un libre travail de la nature ». On laisse (en apparence) la nature suivre sa propre loi, exprimer « son essence propre ».