Et si … les hommes se construisaient un nouvel Éden ?
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La malédiction divine pesant sur l’humanité est peut-être en passe d’être levée. C’est ce que pense Henri Atlan, pour qui nous serons bientôt libérés des douleurs de l’enfantement et de la torture du travail.
Et si nous retrouvions le paradis perdu ? Le Dieu de la Bible nous en avait chassés sous le signe du malheur : « Tu travailleras à la sueur de ton front et tu enfanteras dans la douleur. » Les techniques contemporaines sont en passe de lever cette malédiction. Se profile alors, dans la fiction spéculative que j’ai esquissée dans le livre U.A. L’Utérus artificiel (Seuil), une société débarrassée du travail pénible et des douleurs de l’enfantement, un monde d’égalité entre les hommes et les femmes, définitivement pacifié.
Depuis une cinquantaine d’années, la maîtrise de la procréation, la péridurale, mais également d’autres facteurs comme les luttes féministes, de nouvelles répartitions des tâches au sein des foyers et la machine à laver ont considérablement amélioré la condition féminine. On peut espé-rer une véritable égalité des sexes. L’étape suivante, qui pourrait être techniquement atteinte d’ici -cinquante à cent ans, est l’utérus artificiel, une machine permettant de séparer la procréation de la grossesse. L’ectogenèse, gestation d’un enfant dans une machine, n’aboutira pas nécessairement au cauchemar de la « production » d’enfants programmés par la société. Les femmes resteront libres de porter leur enfant si elles le désirent – et le revendiqueront dans ce cas comme un privilège. D’autres préféreront l’utérus artificiel. L’un des dangers de cette externalisation des naissances serait que les adultes ne se sentent plus en liaison intime avec leurs enfants. Mais on s’aperçoit bien, avec la multiplication des familles recomposées, monoparentales et homoparentales, et avec la banalisation de la procréation médicalement assistée, qui implique plusieurs contributeurs et contributrices dans la conception d’un enfant, que la relation entre parents et enfants n’est pas uniquement de l’ordre du lien corporel. L’utérus artificiel n’a donc rien de terrifiant en soi. L’Éden retrouvé ne ressemblera pas au cauchemar totalitaire du Meilleur des mondes. Le clonage reproductif, bien que facilité par l’implantation de l’œuf cloné dans un utérus artificiel, n’y aurait même pas sa place. Ce n’est en effet qu’un fantasme. Comme le montre le cas des jumeaux, deux individus ayant les mêmes gènes ne sont pas identiques : le biologique ne se réduit pas à la génétique. Quant à la crainte de sélection, elle relève également en grande partie du fantasme. Le « baby design » grâce auquel on pourrait déterminer à l’avance les caractères génétiques de son enfant n’a pas de place dans cette utopie. Ce qu’on appelle aujourd’hui le programme de l’homme augmenté, qui rêve d’accroître les capacités humaines, y compris cérébrales, grâce à l’articulation du corps humain avec des machines, n’est qu’une résurgence des utopies totalitaires et d’un usage de la biologie à des fins eugénistes. Dans l’utopie que je dessine, l’homme sera exclusivement « augmenté » par la joie du savoir.