Droit
Faut-il protéger la liberté d’expression des robots et de l’IA ?
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Alors que l’usage de ChatGPT se généralise dans tous les domaines, la question surprenante de savoir si les intelligences artificielles (IA) devraient bénéficier du droit à la liberté d’expression ou voir leur production soumise à des restrictions éthiques et juridiques prend de l’ampleur. Les machines ont-elles, comme les animaux, des droits ? Sinon, qui est responsable de ce qu’elles produisent ? Et nous-mêmes, avons-nous un droit de penser avec la technologie ? Des questions inédites qui bousculent la philosophie du droit.
ChatGPT est le plus grand ghostwriter de notre époque. Avec cet outil, les hommes politiques écrivent des discours, les musiciens des chansons, les étudiants des dissertations… L’influence des modèles de langage sur les processus de formation de l’opinion et de la volonté politique est considérable. Selon une étude de l’université de Zurich, les tweets générés par l’IA sont souvent plus convaincants que ceux écrits par l’homme – le lecteur ne pouvant même plus faire la différence entre l’homme et la machine à cause notamment du manque de transparence. Les machines pensantes intelligentes ont passé le test de Turing depuis longtemps. L’autrice japonaise Rie Kudan a récemment reçu le prestigieux prix littéraire Akutagawa pour son roman Tokyo-to Dojo-to, qu’elle a écrit, comme elle l’a volontiers reconnu dans son discours de remerciement, à l’aide de ChatGPT. Le jury n’avait visiblement pas remarqué les morceaux de phrases générés par l’IA. Ce qui aurait suscité un scandale littéraire de premier plan en Europe a été une simple curiosité au Japon. Le monde de l’art y est traditionnellement plus enclin à expérimenter avec les nouvelles technologies.
“À réglementer trop strictement l’IA, on restreint également la liberté des artistes d’utiliser ces outils à des fins créatives”
Les appels à une régulation – voire à l’arrêt du développement des systèmes d’IA –, lancés au nom de la sécurité par les prophètes de l’apocalypse issus de l’altruisme efficace, auraient désormais des conséquences sur la production culturelle. Et ce, indépendamment du fait que les ordinateurs soient créatifs ou non. À réglementer trop strictement l’IA, on restreint également la liberté des artistes d’utiliser ces outils à des fins créatives.