Regard

Frédéric Nef : avec Sempé, tout baigne

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 55 de Philosophie magazine « Sempé (1932-2022) », en kiosque le 27 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Tout va à vau-l’eau. Aux dernières nouvelles, Dieu a sombré corps et biens, laissant l’homme seul face à la nature vide. L’information est contrariante, mais pas de quoi hisser le drapeau rouge pour ces deux bourgeois qui font trempette. Commentaire, un brin caustique, du philosophe Frédéric Nef.

 

« Sempé raconte un sujet tout à la fois instable, enflé, dégonflé, pas assez plein, trop vide, trop petit, surmené, déprimé, […] inadéquat, trop conforme, terne, contrasté, toujours “trop” ou “pas assez”, mais jamais juste… D’où la tentation (rare) d’en appeler à Dieu, l’arbitre, ou à la métaphysique. »[1] Les deux baigneurs qui philosophent avec de l’eau à mi-mollet ne sont visiblement pas surmenés et déprimés. Les belles maisons au bord de la mer, leurs boardshorts, leur gestuelle retenue mais puissante indiquent plutôt que nous sommes en présence d’une angoisse policée, de bon ton, apprivoisée dans les meilleures familles. On suppose d’ailleurs que cette conversation est préprandiale, que nous sommes au moment où les messieurs prennent un dernier bain pendant que les épouses préparent le dîner.

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