Friluftsliv
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 122 de Philosophie magazine « 122 - septembre 2018 », en kiosque le 23 août 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : norvégien
Pour percer le mystère de ce mot norvégien, sciez-le en trois : « Fri-Lufts-Liv ». Des bases en allemand vous aideront… « Libre-Air-Vie ». Soit : « la vie à l’air libre » ! Un concept soufflé par Henrik Ibsen (1828-1906) dans un poème, en 1859. Mais la Friluftsliv n’est pas une simple virée sportive à la campagne. À mi-chemin entre le développement durable et le survivalisme, elle définit cette façon très scandinave de vivre en accord avec la nature, avec un minimum de moyens… Privilégiez donc un chalet isolé, de bonnes chaussures de marche et un kayak rudimentaire. Consommez le moins possible, vous en serez remercié, car « toute conscience énergétique s’accompagne de joie », selon le philosophe alpiniste Arne Næss (1912-2009), qui passait des mois seul à lire Platon dans une cabane. À la longue, cette vie à l’air libre forge une « attitude méditative » : « Le chemin qui mène à l’extérieur vers toutes les choses passe d’abord par l’intérieur de soi-même », écrit le fondateur de « l’écologie profonde », qui a réactualisé la Friluftsliv dans le contexte d’urgence écologique. Admirer les paysages devient ainsi un geste politique autant que métaphysique. Pour autant, le Terrien n’est pas écrasé par le sublime de la Nature, comme chez Kant. Il trouve son équilibre grâce à elle, suivant ce principe de vie : « Économie des moyens, richesse des fins ».