Vie quotidienne
Grandeur et misère de l’(a)solitude
© Eric Nopanen/Unsplash
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Une funeste compagne
“Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés
Elle nous fait le cœur à la traîne
Elle nous fait le cœur à pleurer”
Barbara, La Solitude (1965)
Dans la chanson française, la solitude n’a pas toujours eu bonne presse. La chanteuse Barbara peint ici le visage macabre d’un sentiment fréquemment évoqué ces derniers temps. Selon une enquête de l’Ifop publiée en janvier 2021, près d’un Français sur cinq se déclare en effet « toujours ou souvent confronté à la solitude ». Les résultats confirment le triste constat de Barbara : les solitaires sont majoritairement plus enclins à être malheureux et à avoir des pensées suicidaires. Pas étonnant, donc, que la chanteuse veuille se débarrasser de cette hôte aux yeux « cernés de noirs ».
Cette solitude triste, Hannah Arendt l’appelle « esseulement », dans son ouvrage publié à titre posthume Responsabilité et jugement (trad. J.-L. Fidel, Payot, 2005) dont on peut découvrir un extrait ici. L’esseulement surgit lorsque la compagnie des autres me fait défaut, quand, pour une raison ou une autre, « je suis incapable d’établir un contact avec eux ». On comprend donc pourquoi ce sentiment est en augmentation depuis la pandémie (par rapport à la dernière enquête, c’est désormais 51% de personnes supplémentaires qui déclarent en souffrir.) Mais si l’épidémie a favorisé cette solitude subie, elle nous a presque fait oublier l’existence de la solitude apprivoisée, aussi inoffensive qu’une « douce habitude ».