Décès

Hommage à Jacques Bouveresse

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Hommage à Jacques Bouveresse

Jacques Bouveresse en 1984. © Jean-Pierre Couderc / Roger-Viollet

C’est un grand nom de la philosophie qui s’en est allé : Jacques Bouveresse est décédé le dimanche 9 mai. Longtemps professeur au Collège de France, influencé par les logiciens du cercle de Vienne, par Robert Musil, par Karl Kraus et surtout par Ludwig Wittgenstein, il fut un défenseur ardent, dans une époque qui proclamait la « mort de l’homme », de l’héritage des Lumières et de la rationalité. « On a toujours l’impression, quand on demande aux gens de se servir de leur raison, qu’on va faire du tort à quelque chose de beaucoup plus essentiel à quoi il ne faudrait pas toucher : l’imagination, la spontanéité, l’émotivité, la passion, le sentiment, etc. Les droits de l’affectivité semblent devenus imprescriptibles et les défenseurs de la raison passent presque toujours pour naïfs ou pour autoritaires et répressifs. Je n’ai, pour ma part jamais réussi à percevoir la logique ou la raison comme répressives », précisait-il dans Le Philosophe et le Réel (entretiens avec Jean-Jacques Rosat, Hachette Littératures, 1998). 

Une position à contre-courant : comme il l’affirmait dans un entretien en 2006, « en France, on a tendance à considérer la philosophie comme un genre essentiellement littéraire, et à apprécier beaucoup, et même parfois exclusivement, chez un philosophe, les qualités d’écrivain. C’était très frappant, en tout cas, à la génération précédente, avec des gens comme Foucault, Derrida, Deleuze, Serres, etc. » 

Dans le sillage de Wittgenstein, Bouveresse considérait la philosophie comme « une activité ou un exercice qu’on entreprend d’abord sur soi-même, qui porte sur la façon dont on voit le monde et sur ce qu’on en attend, un travail d’analyse et de réforme de soi, qu’on peut éventuellement aider les autres à réaliser sur eux-mêmes, mais que chacun doit entreprendre pour soi. » Travail qui passe, en priorité, par le langage, en deçà de toute distinction entre extérieur et intérieur, entre le monde et l’intimité à soi, comme il le montrait dans son ouvrage le plus connu, Le Mythe de l’intériorité (Éditions de Minuit, 1976). 

Bouveresse laisse derrière lui une œuvre majeure qui exerce et continuera certainement d’exercer une influence considérable. Comme il le disait lui-même dans nos colonnes : « J’ai toujours cru à la possibilité et à la nécessité de la discussion en philosophie, et à une forme de discussion possible aussi bien avec les morts qu’avec les vivants. »

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