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Jérôme Lèbre : “Il faut inventer des lieux d’immobilisation collective !”

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Passage piéton à Shinjuku (Japon) (cc) © Ryoji Iwata/Unsplash

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Analysant le confinement comme une expérience d’immobilisation contrainte et autoritaire, le philosophe Jérôme Lèbre, auteur d’un essai intitulé “Éloge de l’immobilité”, lance ici un appel pour que le déconfinement soit l’occasion de créer de nouveaux espaces publics et collectifs où la pratique de l’immobilité pourrait être libre. L’occasion de s’arrêter et de construire ensemble le “monde d’après” ?

« Au départ, le confinement m’est apparu comme une sorte d’expérimentation grandeur nature. J’avais publié en 2018 un essai intitulé Éloge de l’immobilité [Desclée de Brouwer], qui portait un bandeau avec l’inscription : “Arrêtez-vous !” J’y défendais la possibilité d’une “résistance statique” contre l’accélération. Et, puis, le Covid est arrivé, et nous avons été collectivement forcés à l’arrêt. Comment ne pas y voir une expérience intéressante ? Dans mon essai, j’insistais cependant sur le fait que nous manquions de ressources pour penser et pratiquer l’immobilité. La vie sociale est axée sur la mobilité, les flux, le transport, les communications, et l’immobilité apparaît toujours comme secondaire, accidentelle, subie – à la différence de l’Orient où subsiste une tradition de techniques d’immobilisation comme la méditation. Je n’ignorais donc pas qu’il ne serait pas facile de faire un bon usage du confinement. Mais j’ai très vite mesuré que c’était bien pire que ce que je pouvais imaginer. Imposée en vertu d’une nécessité sanitaire, l’immobilisation du confinement a eu du mal à se renverser en expérience positive. D’où le sentiment un peu amer que nous en gardons aujourd’hui. 

Le confinement n’est pas la prison, mais l’histoire de la prison peut nous permettre de mieux le comprendre. Dans la culture judéo-chrétienne, être emprisonné contenait la possibilité de se mettre en contact avec le spirituel. Voyez saint Paul jeté en prison par les Romains, qui fait de sa situation une métaphore de la crucifixion et aménage mentalement sa cellule comme une “Église du dieu vivant”. Mais le droit moderne a fait de la prison une peine sans pénitence, reposant sur une simple privation de mouvements qui s’est substituée aux autres peines, y compris la torture et la mort. En se laïcisant, la justice est devenue plus humaine mais elle a ôté à la prison l’idée d’un amendement spirituel par l’isolement. Ce qui explique pourquoi les prisons redeviennent des lieux de religiosité aujourd’hui…

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