Intraduisible
Kujichagulia
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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Langue d’origine : bantou
Alors que le monde chrétien fêtait Noël, une partie des Afro-Américains célébraient les festivités de Kwanzaa, imaginées en 1966 par l’écrivain et militant Maulana Karenga pour célébrer la culture de la communauté noire et lui permettre de se rassembler autour de valeurs qui lui soient propres. À commencer par le kujichagulia. Dérivé du verbe bantou chagua (« choisir »), le mot est traduit par « autodétermination ». Mais il s’agit moins d’une autodétermination politique que de la capacité d’un groupe à préciser lui-même les contours de son identité. Comme le résume la théoricienne de la littérature Suzanne Hildenbrand dans Reclaiming the American Library Past. Writing the Women In (1996), cela consiste à « se définir, à se défendre et à se développer soi-même », à « bâtir une vie à son image, en accord avec ses propres intérêts » plutôt que d’être « défini par d’autres ». Le kujichagulia invite à reconstruire une image de soi qui ne soit plus médiatisée par le regard, les récits et les fantasmes des dominants. Il implique de « se nommer soi-même », de « créer », de « parler pour soi-même ». Du point de vue de Hildenbrand, cette émancipation est le préalable à un véritable mouvement de lutte politique avant l’émergence d’une société multiculturelle authentique.