Philo en série(s)
“La Chronique des Bridgerton” ou les vertus de l’anachronisme
© Liam Daniel/Netflix
La nouvelle série Netflix La Chronique des Bridgerton nous plonge au cœur de l’aristocratie de la Régence anglaise, dans un décor qu’on imagine difficilement plus plum pudding. Nous voici emportés d’un bal à l’autre, à suivre les aventures de jeunes filles à la recherche d’un bon parti, encouragées par leurs « mamas » assoiffées de renom. Mais La Chronique des Bridgerton se fait surtout remarquer par son usage décomplexé des anachronismes – le « péché des péchés », selon l’historien Lucien Febvre. Si les costumes, la manière de parler et les décors sont d’époque, certains éléments, comme le thème musical ou les coiffures, modernisent l’ensemble ; et l’on est parfois surpris par les propos de certains personnages qui témoignent d’une conscience féministe avant l’heure… Mais le plus frappant reste le paysage social totalement intégré sur le plan racial. Ducs et vicomtes sont noirs, la reine elle-même est métisse. Coup de com’ de la part de Netflix ? Projection forcée de questions contemporaines dans un contexte historique défiguré ? Contre toute attente, pour l’historien médiéviste Pierre Savy, qui a regardé La Chronique des Bridgerton rien que pour nous, l’anachronisme présente plutôt un certain nombre de vertus. Il nous en fait l’éloge.