Politique
La foule contre le peuple ? La rhétorique d’Emmanuel Macron décryptée
Des manifestants dans les rues de Marseille, après l'adoption sans vote (et le déclenchement de l’article 49.3), du projet de loi sur les retraites. Lundi 20 mars 2023. © Daniel Cole/AP/Sipa
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« L’émeute ne l’emporte pas sur les représentants du peuple, et la foule n’a pas de légitimité face au peuple qui s’exprime souverain à travers ses élus » : c’est par ces quelques mots qu’Emmanuel Macron a balayé, hier devant les parlementaires, et aujourd’hui à la télévision, l’opposition dans la rue à la réforme des retraites. Qu’est-ce qui distingue la foule et le peuple ? Réponses avec Gustave Le Bon et Jacques Rancière.
L’opposition entre un peuple valorisé et une foule dévalorisée, reprise par Emmanuel Macron, n’est pas nouvelle. Elle appartient à tout un réseau d’oppositions qui s’efforcent de délimiter un peuple introuvable, qui ne se donne jamais entièrement, par rapport à son autre. Dans la Grèce antique, le dèmos d’Aristote – soit l’union des citoyens qui s’accomplit dans l’activité politique par l’actualisation de leur faculté délibérative – n’est pas le plêthos, la simple multitude, la juxtaposition d’hommes livrés à leurs seuls penchants individuels, privés, sans élément unificateur. Le peuple n’est pas non plus la masse, forme moderne du plêthos où les individus semblent absorbés dans une dynamique collective parfois incontrôlable. La foule appartient, dans une large mesure, à ce registre dévalorisé de la masse.
Recherche peuple « idéal »
C’est au psychologue social Gustave Le Bon que l’on doit, notamment, la théorisation de la notion. Dans Psychologie des foules (1895), il caractérise la masse par différents traits que l’on peut lire en opposition à ce que seraient les traits du peuple « idéal » tel qu’il est présenté dans la tradition moderne occidentale :