Cinéma
“La Maman et la Putain” : chronique de la (dé)libération sexuelle
“La Maman et la Putain” (1973), de Jean Eustache. De g. à dr. : Jean-Pierre Léaud, Françoise Lebrun, Bernadette Lafont. © Mary Evans/Aurimages
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Classique du cinéma français resté presque impossible à voir pendant des décennies en raison de conflits de droits d’auteur, La Maman et la Putain, de Jean Eustache, ressort en salle dans une copie restaurée. Sorti en 1973, en noir et blanc, ce film à la fois bavard (3h30 de conversations !) et sentimental met en scène les amours contrariées d’Alexandre (Jean-Pierre Léaud), qui hésite entre sa régulière, Marie (Bernadette Lafont), et une étudiante aux mœurs plus libres, Veronika (Françoise Lebrun). Notre journaliste Ariane Nicolas raconte l’effet que lui a fait le premier visionnage de ce film, il y a dix ans, et ce qu’elle en a retenu.
« Quand j’ai vu La Maman et la Putain pour la première fois, en 2012, le titre m’a fait peur. “Cliché, macho... Encore l’histoire d’un homme volage qui rentre chez lui uniquement pour souper”, me disais-je. De fait, l’intrigue brode sur ce topos de la psychologie masculine, selon lequel la figure maternelle de la compagne régulière ne serait pas compatible avec la débauche sexuelle.
Ménage à trois phallocentré
Le scénario s’engage sur cette voie : Alexandre vit chez Marie, avec qui il couche mais surtout qui l’entretient financièrement. Ce jeune oisif obsédé par le Café de Flore et les Deux Magots, sur le boulevard Saint-Germain, y rencontre Veronika, une infirmière qui se définit elle-même comme une fille facile. Dès lors, Alexandre couche avec l’une, puis avec l’autre, toujours chez Marie.