Vie quotidienne

La vie sexuelle des personnes âgées, entre tabou et tendresse

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Paul et Christine, de la série “L’Art de vieillir”

Paul et Christine, de la série “L’Art de vieillir”. © Arianne Clément

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Selon une enquête de l’association Les Petits Frères des Pauvres, 91% des personnes âgées disent éprouver du désir pour leur partenaire. Un rapport plutôt réjouissant qui interroge : pourquoi la sexualité du troisième âge est-elle à ce point taboue ?

 

Un grand lit double entouré de sextoys colorés trônait au beau milieu du « Salon des seniors 2022 ». En ce mois de mars, les professionnels présents à Paris lors de ce grand rendez-vous annuel des spécialistes du « marché du troisième âge » – assureurs, médecins, banquiers, directeurs de maisons de retraite… – devaient accepter la présence incongrue, presque intimidante, de ce grand lit agrémenté de jouets sexuels. L’objet livrait un message clair et simple : les personnes âgées aussi font l’amour.

Cette importance de l’activité sexuelle dans la vie des « vieux » détonne dans un contexte ou la précarité physique, financière et psychologique apparaît comme le sujet principal concernant cette classe d’âge. Les joies de la vie amoureuse de ceux qu’on nomme aujourd’hui les seniors ont pourtant été récemment confirmées par l’étude menée par l’association Les Petits Frères des Pauvres. Le rapport indique, entre autres, que 91% des 1500 personnes de plus de 60 ans interrogées et en couple disent éprouver du désir pour leur conjoint, et que 74% ont encore des relations sexuelles.

Arianne Clément, qui organise une exposition en partenariat avec l’association intitulée « En corps, en vie », représente via la photographie des fragments de la vie amoureuse des personnes âgées. Elle confirme : « En faisant cette série, j’ai photographié et interrogé des couples âgés, hétérosexuels et queers, qui étaient amoureux fous. » Oui, les aînés désirent, s’aiment tendrement et font l’amour régulièrement ! parfois jusqu’à « trois ou quatre fois par semaine. Je ne peux pas en dire autant de bien des couples parmi mes amis qui sont dans la trentaine ».

Une sexualité scandaleuse

Le tabou de la sexualité des personnes d’âge mûr ne date pas d’hier. Dans son essai La Vieillesse (1970), Simone de Beauvoir l’expliquait en termes crus : « Si les vieillards manifestent les mêmes désirs, les mêmes sentiments, […] ils scandalisent ; chez eux l’amour, la jalousie semblent odieux ou ridicules, la sexualité répugnante. […] Ils doivent donner l’exemple de toutes les vertus. » À ce titre, un seul modèle de vieillesse apparaît comme socialement acceptable, examine Beauvoir : celui du « sage auréolé de cheveux blancs, riche d’expérience et vénérable, qui domine de très haut la condition humaine ».

Pour être toléré, l’individu qui a vieilli doit donc démontrer qu’il est un pur esprit et délaisser les plaisirs de son corps, tel Sophocle dans La République de Platon, qui affirme s’être évadé de l’amour « avec la plus grande satisfaction » comme « d’un maître follement sauvage ». Il en conclut fièrement que « la vieillesse apporte beaucoup de paix et de liberté ». Mais la paix doit-elle signifier l’absence de désir ?

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