Religion

Le Pape et la philosophe: un amour pour... le ciel des idées

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Le Pape et la philosophe: un amour pour... le ciel des idées

(cc) Wikimedia Commons / José Cruz/Abr — Agência Brasil

Un journaliste de la BBC révèle une correspondance intime entre le Pape Jean-Paul II et la philosophe américaine d’origine polonaise Anna-Teresa Tymieniecka. Où l’on découvre un fervent amour pour... le ciel des idées.

Le pape Jean-Paul II aurait-il fait des infidélités à Dieu ? Il aurait du moins entretenu une relation intime avec une philosophe. L’information révélée par la BBC n’est pas vraiment un scoop. Son amitié pour la phénoménologue américaine d’origine polonaise Anna-Teresa Tymieniecka (1923-2014) est de notoriété publique. Son nom apparaît dans les biographies du Souverain pontife, et elle l’a aidé dans la rédaction de la version anglaise de son essai philosophique : Personne et Acte.

Cependant, pour Edward Stourton, auteur de l’enquête diffusée ce soir sur la chaîne britannique et en version longue mardi sur Arte, intitulée Les Lettres secrètes au Pape Jean-Paul II, la philosophe américaine et Karol Wojtyla (1920-2005) auraient été l’un pour l’autre « plus que des amis et moins que des amants ». Pour preuve ? Une série de 350 lettres écrites par Jean-Paul II à l’universitaire américaine, achetées par la Bibliothèque nationale de Pologne en 2008 et restées cachées.


Phénoménologie

La philosophe approche le cardinal Karol Wojtyla en 1973 pour l’entretenir d’un projet d’édition, en anglais, de son ouvrage intitulé Personne et Acte, s’essayant à une définition phénoménologique de la personne humaine. Il l’a rédigé alors qu’il enseignait l’éthique à la faculté de Lublin. L’universitaire, elle, a fondé en 1969 la Société internationale de recherches husserliennes et phénoménologiques, qui deviendra en 1976 l’Institut mondial de phénoménologie, soutenu notamment par les grands noms de la discipline : Emmanuel Levinas, Paul Ricœur et Hans-Georg Gadamer. Anna-Teresa Tymieniecka en devient la directrice tandis que cardinal Karol Wojtyla est nommé Pape en 1978, un an avant la parution de l’essai Personne et acte, dans la version anglaise écrite à quatre mains.

Mais déjà, l’amitié intellectuelle s’est muée en une amitié plus intime. Durant l’été 1974, le futur pape, envoie ainsi en réponse aux courriers d’Anna-Teresa Tymieniecka des lettres qu’il estime lui-même « profondément personnelles et significatives, même si elles sont écrites dans un “code” philosophique. » Les archives polonaises ne relatent bien sûr qu’un pan de la correspondance, celui écrit par Jean-Paul II. Et la Bibliothèque nationale de Pologne indique qu'elle n’est « ni confidentielle ni exceptionnelle ». Cependant, leur échange témoigne, selon Edward Stourton qui a instruit le dossier pour la BBC, d’un « combat pour contenir ce qui était certainement une relation très intense ». Dans une lettre de 1976, Karol Wojtyla écrit par exemple : « Ma chère Teresa, j'ai reçu les trois lettres. Tu écris que tu es déchirée mais je n'ai pu trouver aucune réponse à ces mots », avant de décrire son interlocutrice comme « un cadeau de Dieu »

De même que le fondateur de la phénoménologie, Edmund Husserl, déclarait à la fin de sa vie avoir dressé autour de lui un « mur spirituel » et avoir voulu par sa pratique « atteindre Dieu sans Dieu », le Pape aurait-il entretenu une relation intime et une correspondance secrète avec son amie dans l’espoir d’atteindre « l’amour sans l’amour », en se réfugiant dans le ciel des idées ?