Guerre en Ukraine

Le pape François et la paix en Ukraine : réalisme, lâcheté ou stratégie ?

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Le pape François et la paix en Ukraine : réalisme, lâcheté ou stratégie ?

Rome, le 9 mars 2024. Le pape François discourt, pour l’initiative de Carême “24 heures pour le Seigneur”, de prière et de réconciliation. © Maria Grazia Picciarella/Shutter/Sipa

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En affirmant samedi 9 mars, à propos de la guerre en Ukraine, que « les plus forts » sont ceux « qui ont le courage de hisser le drapeau blanc », le pape François a suscité une vive polémique. Propos maladroit ou réfléchi ?

L’analyse de Nicolas Tenaillon, professeur de philosophie et auteur notamment de Dans la tête du pape François (Actes Sud, 2017).


 

Par-delà les reproches contradictoires qui font du pape François tantôt un pacifiste naïf, cédant à la force de l’envahisseur, tantôt un habile calculateur, soucieux de garder de bonnes relations avec son homologue Cyrille, le patriarche de l’Église orthodoxe de Moscou et pilier ecclésiastique du régime de Poutine, les sources de la pensée du pape François permettent peut-être de comprendre ce qui a pu motiver cette prise de position, pas aussi inattendue que certains le disent.

Le dépassement de la doctrine de la guerre juste ? 

En dépit du message non violent du Christ (« Tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée », dit Jésus à Pierre dans l’Évangile selon Matthieu), les théologiens de l’Église chrétienne ont très tôt défendu la légitimité du recours aux armes. Saint Augustin estimait que si la guerre sainte, guerre d’annexion, n’avait plus de légitimité depuis la conquête de la terre promise par Josué, il fallait accepter l’idée d’une « guerre juste » : celle qui rétablit la paix en se défendant contre un agresseur ou en portant secours à un allié agressé.

Premier doctrinaire de la guerre juste, Augustin inaugurait une longue tradition qui se précisera au cours de l’histoire, notamment au XIIIe siècle avec Thomas d’Aquin, pour qui une guerre n’est légitime que si elle est décidée par une autorité reconnue (auctoritas principis), menée selon une cause juste (causa justa) avec une intention droite (intentio recta). Or depuis le début de son pontificat, François tend à remettre en cause cette doctrine. En janvier 2017, lors de la célébration de la cinquantième Journée mondiale de la paix, il affirmait que « la force des armes est trompeuse ». Et finalement, convaincu que la doctrine de l’Église doit évoluer sur ce point, il n’hésita pas à écrire dans l’encyclique Fratelli tutti, paru en octobre 2020 :

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