Égypte/Démocratie

Les Frères musulmans, la rue et les fusils

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Cet article est issu du numéro 73 de Philosophie magazine « 73 - octobre 2013 », en kiosque le 19 septembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La diversité des réactions face au coup d’État égyptien du 3 juillet dernier et la répression vis-à-vis des Frères musulmans mettent en lumière le conflit des légitimités entre les urnes, la rue et le camp de l’ordre.

Le coup d’État militaire du 3 juillet, à l’acmé du mouvement de protestation contre le gouvernement Morsi, a donné lieu à des réactions fort contrastées. Pour des intellectuels égyptiens laïcs comme Alaa al-Aswany, auteur de L’Immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006), il ne s’agit d’ailleurs pas d’un coup d’État mais d’une « vague révolutionnaire protégée par l’armée ». Il n’y a pas eu non plus d’après lui de répression sanglante contre les Frères musulmans, mais « une confrontation entre des groupes terroristes et l’État ». Et d’ajouter : « Est-ce que cette force a été employée de manière excessive, ça, on ne peut pas encore le savoir » (entretien publié par Le Parisien le 27 août 2013).

Mais pour un spécialiste de l’islam radical comme François Burgat (notamment auteur de L’Islamisme en face, La Découverte, 1995 ; rééd. 2007, ou de L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaida, La Découverte, 2005), il faut au contraire appeler les événements de cet été une « contre-révolution ». Comme il nous l’affirme, « le fait que ce gouvernement (dont la majorité des ministres, il est important de le rappeler, n’était pas membre des Frères musulmans) ait été l’expression de la représentation populaire faisait de lui la pierre fondatrice d’une ère nouvelle à l’échelle de la région tout entière : une ère postautoritariste, où les tensions inhérentes à la société peuvent être régulées non plus par la force mais par les transactions pacifiques qu’autorisent les mécanismes institutionnels. Si le discrédit des Frères musulmans était si avéré […], il aurait été plus simple d’attendre le septième scrutin (les Frères en avaient tout de même remporté six consécutivement) et la transition démocratique serait restée sur les rails. Nous n’avons pas fini, je le crains, de regretter les multiples conséquences du soutien aveugle de l’Europe au retour à l’autoritarisme ».

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