France / Agriculture

Malaise paysan : la bourse ou l’épi !

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Malaise paysan : la bourse ou l’épi !

Marignan, près de Milan (Italie), le 30 janvier 2023. Des agriculteurs italiens garent leurs tracteurs le long de la route lors d’une manifestation devant une entrée d’autoroute. L’écriteau indique “Nous sommes prêts à tout bloquer, trahis par l’Europe”. Comme en France, leurs revendications couvrent plusieurs sujets. © Gabriel Bouys/AFP

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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Et si ce qui se jouait actuellement dans le mouvement des agriculteurs, c’était la réactivation de l’ancienne querelle entre physiocrates et mercantilistes ? Quelle est la vraie source de la valeur : la nature ou le marché ?

 

« Quelque habileté qu’ait un fermier, il est toujours ignoré, souvent il est méprisé. » Ce constat amer n’est pas dû à un militant de la FNSEA mais à Charles Georges Leroy, à l’entrée « Fermier » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il ne date pas de 2024 mais de 1751. Deux siècles et demi plus tard, les agriculteurs luttent toujours pour une reconnaissance à la fois concrète et symbolique.

Du point de vue économique, les revendications du mouvement sont connues : elles concernent le maintien de la détaxation du gazole non routier (GNR), l’allégement des normes liées au pacte vert de la politique agricole commune européenne (PAC) et enfin une plus stricte régulation des marchés, car les producteurs français sont exposés à la concurrence directe de produits venant d’autres pays qui n’imposent pas les mêmes réglementations à leur agriculture, spécialement dans l’élevage. Au-delà de ces revendications, il y a aussi le sentiment de n’être pas reconnus à leur juste valeur. Un contrat moral implicite lie en effet les agriculteurs à la nation : on leur demande d’être des gestionnaires avisés, de rembourser leurs crédits mais aussi d’entretenir l’ensemble des terroirs, d’être les garants de la bonne qualité des sols, de l’eau et de l’alimentation. N’est-ce pas un peu beaucoup ? En somme, les agriculteurs ont l’impression de ne pas être rémunérés à la hauteur de leur utilité sociale.

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